À la découverte de la Paléo-Énergétique de Cédric Carles – Le Monde – 05/08/16 – Anne-Sophie Novel

Posted by Amandine Garnier | 26 août 2016 | ZOOM Sur

Il devait être ingénieur, mais a préféré s’orienter vers le design, et plus particulièrement la recherche en « design d’utilité publique ». Passionné par les questions d’énergie, le Franco-Suisse Cédric Carles a notamment développé le concept de paléo-énergétique, une recherche participative qui consiste à ressusciter les techniques disparues.

Vous définissez la paléo-énergétique comme « une recherche dans le passé pour accélérer la transition énergétique »… Voilà qui mêle trois notions de temps ?

Oui, parfaitement. Cela fait quinze ans que j’effectue une veille sur les systèmes énergétiques avec l’idée d’innover. Trop souvent nous abordons la question de l’énergie et du climat en insistant sur les modes de production d’énergie et en oubliant l’énergie grise générée par nos modes de vie (alimentation, équipement, etc.), qui représente la moitié de nos impacts. Or si l’énergie a quelque chose de grisant (elle nous permet de repousser certaines limites physiques et nous donne l’impression de gagner de l’espace et du temps de vie), les défis actuels nous invitent à renverser notre vision.

« L’accélération de la transition énergétique peut être atteinte si nous rapprochons plus systématiquement sciences et techniques. »

En créant la paléo-énergétique, l’idée est de recueillir sur une même plateforme l’ensemble des inventions faites pour améliorer notre rapport à l’énergie. Tombées dans les oubliettes de l’innovation, nombre d’entre elles n’ont pas été adoptées par manque de moyens technologiques, pour leur coût élevé ou pour leur inadéquation avec les usages de l’époque. En centralisant l’ensemble de ces idées sur notre outil en libre accès (open source), la communauté peut les reprendre, les mettre en commun et leur permettre de se développer autrement. Le domaine public est un infini inexploré dans lequel on peut trouver nombre d’idées dont le déploiement peut être massifié rapidement. L’accélération de la transition énergétique peut être facilement atteinte si nous rapprochons plus systématiquement sciences et techniques, domaine public et logique de l’open source.

Quel type de trouvailles avez-vous fait jusqu’à maintenant ?

Avec la quarantaine de chercheurs citoyens (retraités, étudiants, scientifiques ou non) avec qui nous travaillons, nous avons retrouvé tout type de supports comme des articles de journaux, des gravures, des archives audiovisuelles comme des journaux télévisés de l’INA, des brevets mais aussi des imaginaires collectifs dans des bandes-dessinées, des scénarios de science-fiction, des extraits de Zola… et même un journal imprimé à l’énergie solaire en 1882 à Paris, ce qui nous a donné l’idée de renouveler une telle expérience l’été prochain. Nous reprenons actuellement un brevet déposé par le chimiste et inventeur autrichien Karl Kordesch (un des inventeurs de la pile alcaline) en 1980 et tombé dans le domaine public. Ce système permet de régénérer des piles alcalines, nous allons le publier en open source.

Notre approche prouve aussi une fois de plus qu’en période de crise on a toujours innové. Cela donne confiance en l’avenir.

La recherche perd-elle du temps aujourd’hui ?

Les chercheurs perdent du temps à chercher des financements car on démantèle la recherche. On perd aussi du temps avec de fausses solutions relayées par le biais d’efforts de marketing scientifiques qui mettent en avant de fausses solutions énergétiques…

Entre la conception et l’édition, beaucoup de projets mettent dix ans à sortir en série, et si la série ne trouve pas son public, elle n’est pas reconduite. L’invention à un temps très limité pour trouver son public. En énergétique, cela peut être plus long à cause des multiples compétences convoquées.

Pourquoi parlez-vous de contre-histoire de l’énergie ?

L’histoire de l’énergie a été écrite par les industriels, prise en charge par des ingénieurs de l’Etat, par un establishment pyramidal qui ne retient pas – tout du moins pendant longtemps – les petits projets d’autodidactes, les moyens de production décentralisés, les petites unités énergétiques… la contre-histoire, c’est celle que nous coécrivons tous ensemble avec ce projet, en nous appuyant sur les lanceurs d’alerte et les innovateurs qui, tels Augustin Mouchot ou Svante Arrhenius, soulignaient déjà les risques liés à l’épuisement des ressources et au changement climatique.

C’est comme s’il y avait un futur à puiser dans le passé et dans les imaginaires collectifs ?

Oui, notre frénésie nous a fait passer à côté d’inventions pertinentes. Loin de nous l’idée d’être nostalgiques du monde d’hier ! Nous faisons nôtre cette affirmation du philosophe Gilbert Simondon (1924-1989) : « Nous ne vivons pas dans une civilisation qui est trop technicienne, simplement elle est mal technicienne. »

L’accélération du temps rendue possible par l’appropriation de l’énergie nous a incité à construire des infrastructures à l’échelle des nations de manière totalement centralisée. Or les territoires ont aujourd’hui besoin de retrouver des pistes de résilience et des solutions plus localisées.

Puis le passé n’est plus : jeunes comme vieux, nous avons ceci en commun que personne n’y retournera. L’avantage, c’est justement ce dénominateur commun sur lequel nous pouvons fonder l’avenir, en passant du temps ensemble à partager des connaissances.


Pour en savoir plus : paleo-energetique.org

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Blog Comments
Photo du profil de F5HPQ

Bonjour,
C’est vrai que le terme PALEO peut casser une perspective d’avenir, mais nous sommes bien issus de choses qui existaient « avant ». Ce qui manque c’est bien mis en évidence par cette démarche, c’est la « mémoire » de ce qui a été conçu, construit sur la base des même principes qu’utilise la technologie d’aujourd’hui.
C’est aussi l’occasion de tordre le cou à toutes les pseudo « free-energy » qui polluent les esprits.
Merci à toute cette équipe qui ne compte pas son énergie ni son temps.
Excellente initiative qui trouve bien sa place sur LOW-TECH-LAB.
Pol

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