[Biosphère, capsule en milieu aride] Installation en Basse-Californie et premiers retours d'expérience

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Date : 23 janvier 2023
Auteurs : Caroline Pultz, Corentin de Chatelperron et le Low-tech Lab
Lieu : Basse-Californie, Mexique

Caroline Pultz et Corentin de Chatelperron ont rejoint le Mexique pour y établir leur biosphère, capsule conjuguant expériences low-tech en milieu aride, pendant 4 mois. Au retour du Nomade des mers en juin, ils ont sélectionné les systèmes low-tech qui leur permettraient d’assurer leurs besoins de subsistance pendant cette période. Avec pour premier objectif la recherche d’interaction et de symbiose avec le vivant, d’amélioration des low-tech existantes, la biosphère est aussi une bulle dans laquelle Corentin et Caroline souhaitent apporter du confort. Récit de l’installation et des premiers apprentissages. Les prochaines nouvelles seront données d’ici plusieurs semaines.

Cette nouvelle biosphère est un projet retenu par la chaine franco-allemande Arte, qui en fait le sujet d’une web-série et d’un film à paraitre courant 2023.

Caroline et Corentin sont arrivés en Basse-Californie après près de 2 mois de voyage depuis la Bretagne. Sept semaines à bord du voilier ZaïZaï de la famille Gahinet puis une semaine de bus pour traverser le Mexique. À peine arrivés à La Paz, leurs contacts locaux, Marjorie et Jean-Christophe, leur ont fait découvrir de magnifiques reliefs remplis à perte de vue de cactus et de roches nues, bordés par des falaises et la mer. “Un désert qui plonge dans l’océan, hostile et grandiose.” Exactement ce qu’ils cherchaient pour planter la Biosphère. Grâce à l’aide de Marjorie et Jean-Christophe, l’emplacement de la biosphère a été repéré. Protégé des vents dominants par une colline, bien exposé au soleil, à coté d’une petite plage de sable gris. Corentin et Caroline ont d’abord mis la priorité sur les aménagements qui permettaient de faire grandir le vivant, et donc la nourriture, puis ils ont commencé à rendre l’espace plus confortable avec du mobilier, un labo, une cuisine, un espace bureau. La Biosphère est une capsule vivante posée au milieu du désert.

A la fois base-vie, capsule et bulle, cette nouvelle biosphère a été réflechie pour associer l’expérience d’une interdépendance du vivant et un aménagement des low-tech qui puissent

L’expérience a démarré le 1er janvier. Corentin et Caroline se sont immédiatement immergés dans le protocole scientifique établi en partenariat avec le CHU de Caen. Afin de suivre les réponses de leur métabolisme à ce nouvel habitat et aux systèmes dont dépendent leur alimentation, Corentin et Caroline possèdent chacun un actimètre et un système qui collecte les informations sur leur rythme cardiaque.

Corentin et Caroline n’en sont pas à leur première expérience de cohabitation avec des systèmes low-tech. Sur le Nomade des mers, la vie dépendait en partie de nombreux systèmes qu’ils avaient glanés au cours de leur expédition. Aujourd’hui la Biosphère comporte un nouvel enjeu : la vie en autonomie dans un milieu aride, considéré comme hostile, sans possibilité d’escale et de réapprovisionnement comme il était possible à bord du Nomade des mers.

Partant de ce principe, ils ont sélectionné les systèmes low-tech qui avaient déjà fait leurs preuves sur le Nomade des mers et qui les accompagneraient pour mener à bien cette nouvelle expérience : grillons, champignons, spiruline, mouches soldats noires, etc. Deux semaines sont désormais passées depuis leur installation, ce qui leur a permis de partager leurs premières impressions sur leur système alimentaire, totalement low-tech. Au terme de la deuxième semaine d’expérience, ils estiment que le chantier est terminé à 75%.


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Biosphère, capsule en milieu aride, est un projet mené par Corentin de Chatelperron et Caroline Pultz au Mexique. Le retour est prévu pour juin 2023.

objectifs : assurer les besoins en eau potable et en apports nutritifs #

DESSALINISATEUR
Au départ de l’expérience, un dessalinisateur sur les cinq prévus pour l’expérience était fonctionnel. Il donnait seulement 2 litres par jour sur les 8 litres espérés. Au fur et à mesure de petites améliorations et mesures pour comprendre les problèmes, Corentin et Caroline ont atteint 6 litres le jour 5. Une semaine plus tard, 3 désalinisateurs sur les 5 étaient en fonctionnement, pour un rendement moyen de 12 litres par jour, toujours insuffisant pour assurer leurs besoins en eau. Ce problème a un impact sur le stock d’irrigation de la bioponie et la culture de spiruline. Toutefois Corentin et Caroline restent confiants. Ils souhaitent atteindre les 30 litres par jour après quelques réparations sur les deux dessalinisateurs qui ne sont pas encore opérants.

GRILLONS
Les grillons ont commencé à naître le jour 1. Après quelques jours, il y en avait des centaines, de la taille de fourmis. Il y a eu des naissances de grillons pendant plus d’une semaine. Ils grandissent mais beaucoup meurent, ce que Corentin et Caroline imputent à des variations de température (jusqu’à 11 degrés). Un délai de 45 jours est nécessaire avant de les manger, ce qui peut occasionner des carences.

SPIRULINE
En récupérant un litre à Mexico City, ils ont progressivement augmenté la culture jusqu’à atteindre 550 litres le jour 3 de l’expérience. Puis la récolte est passée à 67g le jour 5 et 200g le jour 6. Ce jour là il y a eu une fuite grave, occasionnant la parte d’1/3 du bassin. Alors que le bac de spiruline est plus petit que prévu (à cause de la perte du jour 6 et du manque d’eau), Corentin et Caroline obtiennent malgré tout 200 grammes par jour. L’efficacité de la culture (qui est nourrie avec de l’urine et du jus de rouille) et le peu de travail qu’elle demande par rapport à ce qu’elle apporte les impressionnent. A la deuxième semaine, plus d’un kg de spiruline fraiche était à consommer.

CHAMPIGNONS
La première semaine, certains ont commencé à pousser, tandis que d’autres, à des stades plus précoces, ne prennent pas car la fluctuation de température entre le jour et la nuit ralentit leur développement. Un incubateur en cours de construction devrait lisser la température autour de 25 degrés. Pour augmenter le taux de réussite, un cabinet stérile est en cours de construction.

MOUCHES SOLDATS NOIRES
Héritages du Nomade des mers, des pupes ont voyagé avec Caroline et Corentin jusqu’au Mexique ! Une mouche a pondu, mais l’éclosion n’a pas été probante. Pour le moment, aucune larve ne digère les déchets organiques. Les autres pupes ne se métamorphosent pas en mouches, ce qui interroge Corentin et Caroline. Ils pensent utiliser le futur incubateur à champignons pour leur éviter le froid nocturne, qui n’est toutefois pas encore opérationnel. C’est un pilier manquant dans l’écosystème car l’utilisation des toilettes sèches en dépend.

BIOPONIE
Un système de bioponie a été choisi pour assurer la production de plantes et de légumes. Le système de rivière fonctionne. L’eau est stockée dans le bac de douche, pompée dans la rivière des boutures, s’écoule dans la rivière du biofiltre, puis le flux est réparti dans 3 gouttières où poussent de la menthe, du basilic, romarin, citronnelle, origan, epazote et pas mal de plantes mexicaines. L’eau retourne via une dernière rivière au bac de douche. Ils bénéficient d’une bonne banque de graines confectionnée avant de partir à l’aide des Sourcierset Kokopelli, complétée par un jardin communautaire local. Ils ont aussi quelques arbustes : agrumes, piments, moringa et cactus. Toutes ces plantes sont encore jeunes et permettent des récoltes modestes pour le moment (entre 10 et 50g par jour).

CUISINE
Caroline et Corentin ont fait le choix de bénéficier d’intrants alimentaires pour un budget d’1 euro par jour. Lors de l’installation, le four solaire en tube s’est malheureusement brisé, obligeant Caroline à trouver une parabole solaire via une entreprise mexicaine. Sa puissance est telle qu’il a fallu quelques jours pour la maitriser. Elle permet maintenant de cuire les céréales et légumineuses. Le beau temps permet de préparer des idlis (mélange de riz et lentilles fermentés). La base de leur alimentation est principalement : le maïs, les pois chiches et les haricots noirs qui se déclinent en tempeh, mayonnaise avec l’aquafaba, maïs soufflé, etc.

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