[ENQUÊTE #6] À la rencontre de l'Atelier Paysan et de ses sociétaires

Article, Communiqué

Date de publication : 23 février 2022
Equipe Enquête #6 : Julie Tavernier, Quentin Mateus, Julien Lemaistre
Lieux : Renage, Auvergne-Rhône-Alpes, le pays agricole lillois, Hauts-de-France ; Hyères, Provence-Alpes-Côte-d’Azur

Et si demain notre société était plus low-tech, à quoi ressembleraient nos organisations dans ce monde plus respectueux des humains et de la Planète ? C’est pour répondre à cette question que le Low-tech Lab a lancé - grâce au soutien de l’ADEME et de la Région Bretagne - une série d’enquêtes de terrain auprès d’initiatives françaises qui incarnent et diffusent localement une démarche low-tech.

La sixième enquête du Low-tech Lab est aujourd’hui disponible. Nous nous confrontons à la question d’une démarche low-tech en agriculture, et en particulier à l’autonomie paysanne et alimentaire soutenue et diffusée par la coopérative L’Atelier Paysan.

À découvrir ci-dessous :

  • Une vidéo de 13 minutes présentant les grands principes de l’agricutlure paysanne, les pratiques des maraîcher·es que nous avons rencontré·es, et les actions de l’Atelier Paysan en faveur d’un autre modèle agricole,
  • Un podcast, entretien long et ouvert avec Romuald Botte, paysan maraîcher en périphérie de Lille, sociétaire et formateur de la coopérative l’Atelier Paysan,
  • Un article détaillé ci-dessous, de Quentin Mateus, coordinateur du projet des Enquêtes du Low-tech Lab, reprenant la critique de l’agro-industrie que formule l’Atelier Paysan dans son manifeste, les enjeux d’une transformation profonde de l’agricutlure, et les perspectives qu’offrent les concepts de “technologie paysanne” ou plus largement d’agriculture paysanne en la matière.
  • Un album photo en ligne illustrant cette enquête agricole.

À paraître :

  • Une étude de cas rédigée et ses annexes, détaillant le parcours, la philosophie et le modèle socio-économique de la ferme de Romuald Botte, installé en AMAP dans le Nord, ainsi que les diverses modalités d’action et ambitions de l’Atelier Paysan en faveur de la massification de ce type de pratiques.

La vidéo #


Le podcast #


L’article #

Pourquoi et comment opérer une transformation profonde de l’agriculture par et vers un modèle plus “low-tech” ? #

par Quentin Mateus, coordinateur des Enquêtes du Low-tech Lab

Cette enquête du Low-tech Lab nous a amenés à rencontrer de nombreuses structures et de nombreux collectifs du monde agricole, qui œuvrent sur des territoires et des leviers différents. Tous participent à questionner les politiques agricoles modernes, l’impact écologique, économique et social des choix de développement de l’agriculture, et la possibilité d’une pratique plus low-tech du métier d’agriculteur·ice.

Nous nous sommes d’abord rendus fin juin 2021 à Renage près de Grenoble, pour observer et participer pendant 4 jours à l’Assemblée Générale de la coopérative L’Atelier Paysan, qui contribue depuis 10 ans à la conception, au colportage et à l’appropriation de technologies paysannes.

Nous avons ensuite suivi l’un des maraîchers-sociétaires membre du “collège des paysans et fondateurs” de cette coopérative, ainsi que de son tout récent conseil de surveillance, Romuald Botte. Nous avons ainsi passé plus de 10 jours à la fois sur sa ferme et au sein de l’écosystème paysan local dont il est l’un des membres actifs, en périphérie de Lille dans le Nord.

En chemin nous avons pu l’assister — lui et les autres membres du collectif de maraîchers et maraîchères qui se fait le relais des valeurs et formations de l’Atelier Paysan en région Hauts de France — dans sa participation au salon régional de l’agriculture biologique “Terr’eau Bio”, qui s’est tenu début juillet dans l’Aisne.

Enfin, plus tard dans l’été, nous avons rendu visite à une autre association de soutien sociétaire de l’Atelier Paysan, installée à Hyères en Provence : Farming Soul, qui développe aussi, depuis plusieurs années, différents outils agricoles ergonomiques et auto-constructibles à partir d’éléments standards de vélo, de profilés et tôles en acier.

Pour situer au mieux le contexte de cette enquête, et comprendre les raisons qui nous ont poussé à nous intéresser à ce collectif bien spécifique de maraîcher·es dans la région naturelle des Weppes, il nous faut commencer par nous demander : où en est l’agriculture aujourd’hui en France, et comment en sommes-nous arrivés là ? Où en sont les “alternatives” au modèle agricole industriel, et dans quelle mesure leur développement peut entraîner une véritable transition du secteur ? Quelles sont les pistes réalistes à explorer s’il faut encore transformer en profondeur le monde agricole pour pouvoir répondre aux enjeux du siècle ?

Lorsqu’on cherche à se réapproprier collectivement nos besoins fondamentaux — et en particulier celui, bien essentiel, de se nourrir sainement —, ce sont des questions que l’on est nombreux·ses à se poser. Et c’est précisément à ces questions que s’est attaqué l’Atelier Paysan dans son “manifeste pour une autonomie paysanne et alimentaire”, symboliquement — et pragmatiquement — intitulé “Reprendre la Terre aux Machines”, et sorti en mai 2021 aux éditions du Seuil, collection Anthropocène.

Et comme après plusieurs lectures, ce livre constitue à notre avis un ouvrage de référence en la matière, nous avons fait le choix de nous appuyer en grande partie dessus pour introduire cette nouvelle enquête du Low-tech Lab, au cœur de la thématique centrale qu’est l’agriculture. Nous aborderons donc dans le corps de cet article :

1- le bilan de l’état du monde agricole français, que dresse notamment l’Atelier Paysan,
2- l’histoire et les modalités de l’agriculture paysanne, que promeuvent et défendent notamment les membres de la coopérative,
3- ce que le concept de “technologies paysannes” renferme d’inspirant pour la low-tech,
4- les pistes de transformation profonde de l’agriculture et de l’alimentation qu’identifient les auteurs, et en quoi ces perspectives s’incarnent déjà dans le modèle d’organisation de Romuald Botte.


1 - Où en est l’agriculture aujourd’hui ? #

1.1 - Faire un premier constat, historique

La première observation que chacune et chacun peut faire sans trop prendre de risque est la suivante : l’agriculture française est aujourd’hui majoritairement intensive, rationalisée, industrialisée, et même “intégrée”. Dans le sens où ce modèle de production agricole s’insère dans un écosystème industriel plus large, en servant de fournisseur de matières premières standardisées pour l’industrie agro-alimentaire et la grande distribution, et de débouché majeur d’autres industries (pétrochimie, phytopharmaceutique, machinerie agricole, etc.). Une autre façon de le voir est le point de vue de l’administration : depuis 1945 “le paysan est un agriculteur quand il est professionnel, et l’agriculture une branche de l’industrie qui doit être organisée selon les mêmes principes : spécialisation, mécanisation, standardisation, diminution de la main d’œuvre, importance du secteur de la finance et du commerce” (Source INSEE d’après Wikipédia).

Ce type d’agriculture “moderne” est le résultat de la fameuse Révolution Verte mise en œuvre après la guerre pour : répondre aux pénuries, nourrir la population, servir la relance économique du pays, et valoriser les développements techniques issus de l’économie de guerre.

Depuis, on peut a priori attester du fait que le concept d’agro-écologie a émergé dans les années 1970, et noter que l’agriculture biologique “explose ces dernières années” pour répondre à une demande croissante (passant, en France, d’1,87 % des Surfaces Agricoles Utiles en 2002 à 8,31 % en 2019).

Mais alors peut-on dire — en prenant suffisamment de recul pour évaluer dans leur ensemble l’état de l’agriculture et de l’alimentation en France —, que cette politique agricole a atteint ses objectifs ?


1.2 - Évaluer les politiques publiques agricoles

L’Atelier Paysan rapporte que :

  • l’alimentation ainsi produite est à la fois surabondante et hors de portée des plus pauvres” puisque, mi 2020, a minima 7 millions de Français dépendent de l’aide alimentaire (ils n’étaient “que” 5,5 millions avant la crise sanitaire et sociale). Mais surtout : l’aide alimentaire est devenue un dispositif structurel permettant d’écouler les surplus d’une production qui, sans elle, perd toute efficience économique. En effet, en 2008, lors d’une réunion de préparation de la future loi d’orientation agricole Le Maire, c’est un représentant de la FNSEA qui déclare : “pour produire assez, il nous faut produire trop ; et nous avons besoin [du législateur] pour écouler ce trop”. Pour l’Atelier Paysan l’aveu d’échec du modèle est sans appel : “que penser d’une industrie qui doit sa viabilité économique au développement de la pauvreté ?”.
  • cette façon de cultiver et de produire représente une menace sanitaire pour une partie de la population : la consommation d’aliments ultra-transformés (70 % des produits “étiquetés-emballés”), ou le contact avec des pesticides, sont responsables d’une “épidémie de maladies chroniques” — cancer, diabète, obésité, maladies cardiovasculaires —, qui touche en premier lieu les classes populaires, puisque la qualité de l’alimentation “est devenue un marqueur de classe”. Les auteurs s’appuient sur les travaux d’Anthony Fardet, chercheur à l’Inra : “en 2010, 36 % des décès en France seraient attribuables directement ou indirectement à une mauvaise alimentation” — explicitement associée à la nourriture industrielle —, et on peut alors faire “le lien entre ces pathologies et le fait que les Français vivent désormais moins longtemps en bonne santé”.
  • l’ensemble du système agro-industriel a également un impact non négligeable sur l’environnement puisque : l’agriculture (seule) contribue à hauteur de 19 % aux émissions de gaz à effet de serre, dégrade ou artificialise les sols, et est directement responsable de l’effondrement de la biodiversité, notamment rurale (déforestation, standardisation génétique, pollutions chimiques, eutrophisation, etc.).
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  • à noter que le phénomène est un cercle vicieux : cette extinction de la biodiversité compromet le maintien de fonctions essentielles dans les écosystèmes cultivés, l’agriculture est l’un des secteurs les plus directement touchés par le changement climatique (feux, inondations, sécheresses, etc.), les crises agricoles peuvent causer des hausses brutales du cours des principales denrées alimentaires, et “l’augmentation des prix alimentaires est historiquement étroitement corrélée à l’apparition de mouvements sociaux et de conflits” (voir à ce sujet le rapport “Vers la résilience alimentaire” des Greniers d’Abondance, dont sont tirés la figure précédente sur l’indice de Haute Valeur Naturelle et la figure suivante sur l’indice de prix alimentaire :)
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  • mais surtout pour l’Atelier Paysan, l’industrialisation galopante de l’agriculture a entraîné — et est encore responsable de — la disparition des agriculteurs : dès les années 50, les paysans sont appelés à contribuer au développement industriel des “Trente Glorieuses” (c’est la fin de l’exode rural) et petit à petit remplacés par la mécanisation. D’un point de vue historique : depuis 1946 le nombre d’actifs agricoles est divisé par 6, le nombre de tracteurs est multiplié par plus de 20, et la puissance machinique déployée par hectar (rien qu’en tracteurs) est multipliée par 80 ; la puissance disponible par actif agricole est ainsi multipliée par 400. Et concernant ces dernières années, une enquête de la journaliste Béatrice Gurrey va jusqu’à mettre en évidence une forme d’hécatombe silencieuse (Le Monde, 2019) : d’après la première étude réalisée sur le sujet (en 2010), on observe un excès de mortalité par suicide de 22 à 28% (selon les années) chez les agriculteurs par rapport aux autres catégories socio-professionnelles. Et selon le sociologue Nicolas Deffontaines, spécialiste de cette question, “c’est depuis un demi-siècle que les agriculteurs se suicident plus que les autres catégories socioprofessionnelles”.
  • à noter qu’impact sur l’environnement et réduction du nombre de paysans sont liés : avec moins de main d’œuvre il faut mécaniser — ou en mécanisant on remplace de la main d’œuvre —, ce qui permet de réduire les coûts de production (de travail) pour répondre aux exigences de la grande distribution ; “la chimisation est indissociable de la mécanisation” ; et les populations rurales, notamment les actifs agricoles, sont les plus directement exposées à ces intoxications. Autre illustration, la figure édifiante suivante, tirée du premier rapport de l’Observatoire des technologies agricoles de l’Atelier Paysan, qui donne à voir l’évolution des types d’énergies investies dans la production agricole en France de 1882 à 2013 :
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(pour rappel, pendant la même période, la population française a été multipliée par 1,6 passant de 40 à 63,7 M d’hbts et le taux d’autosuffisance alimentaire en production est a priori resté du même ordre de grandeur)

1.3 - Remonter aux causes premières des observations, être radical ?

En ce qui concerne les raisons profondes de ce bilan peu rassurant, l’Atelier Paysan identifie plusieurs mécanismes et verrous qui s’imposent aux agriculteurs :

Les rapports de force économiques et politiques

Les agriculteurs subissent le poids de l’endettement (pour les machines, le bâti, etc.), et sont de plus en plus dépendants de superstructures qui les dépassent comme les agro-équipementiers (dont 5 géants représentent 60% du marché mondial en 2016), les semenciers (dont 5 groupes contrôle les ⅔ du marché mondial), et les industriels de l’agro-chimie (dont 5 groupes représentent les ⅔ du marché mondial en 2018).

En France, le syndicat majoritaire qu’est la FNSEA (Fédération Nationale des Syndicats d’Exploitants Agricoles) a aussi joué un rôle important dans l’évolution du monde agricole et dans sa (re)structuration dirigée vers la satisfaction d’un libre marché européens spécialisé et ultra-compétitif ou la quête de rentabilité et de productivité. D’après l’Atelier Paysan : alors même que d’un côté la FNSEA “s’est toujours imposée en représentant « naturel » auprès de l’État pour « négocier » des mesures […] protectrices”, son secrétaire général, Michel Debatisse, déclarait en 1968, que : “les deux tiers des entreprises agricoles n’ont pas, en termes économiques, de raison d’être. Nous sommes d’accord pour réduire le nombre d’agriculteurs”. Il a réclamé, dès le début des années 60, des réformes qualifiées de “remembrement intensif”, mises en œuvre en collaboration avec le ministère de l’agriculture, les SAFER (Sociétés d’Aménagement Foncier et d’Établissement Rural), ou le Crédit Agricole, dans le but de réduire les coûts d’exploitation, et d’optimiser le travail de l’agriculteur en adaptant le parcellaire et la topographie aux techniques et engins agricoles modernes. Ainsi “la part de l’alimentation dans le budget des ménages a été divisée par 2 en soixante ans” et ce pouvoir d’achat a été libéré au bénéfice d’autres marchés de grande consommation et d’autres secteurs industriels.

Ce que l’Atelier Paysan identifie comme le “complexe agro-industriel” — à savoir le regroupement des industries du secteur agro-alimentaire, de la grande distribution, des engrais, pesticides et semences, des machines agricoles, ainsi que les banques agricoles et les organisations syndicales —, est omniprésent à tous les stades de la production agricole et alimentaire. A fortiori, le poids économique de ces géants et leurs activités d’influence politique leur assurent également le soutien de l’État et de l’Union Européenne. À nouveau d’après le ​​premier rapport d’Observations sur les technologies agricoles de l’Atelier Paysan : du plan Monnet de 1947 au Plan de Relance de 2020 (ouvertement écrit “en concertation avec toute la filière des agroéquipements […] pour proposer des technologies éligibles [et en particulier] la robotique agricole au sens large”), en passant par le fameux plan Marshall d’après-guerre, ou le plan Mansholt européens de 1957 : “les politiques publiques industrialisantes vont se succéder, toujours au motif de « nourrir le Monde », mais aussi d’améliorer la qualité de vie des paysans qu’elles contribuent pourtant à faire disparaître”.

La contrainte physique, psychologique, morale et sociale

Au-delà de rapports de forces structurels, les paysan·nes craquent aussi sous le poids de la pénibilité de leur travail (en particulier en regard de la précarité de leur situation : l’agriculture fait partie de ces secteurs, de ces métiers, où “la persévérance et le travail ne finissent plus toujours par payer”), de l’injonction contradictoire (les agriculteurs et les agricultrices sont petit à petit transformé·es en “agro-managers”, en gérant·es d’entreprises agricoles “libres et indépendant·es”, mais qui doivent batailler sur des marchés à la concurrence des plus féroces, tout en étant hyper contraint·es dans leurs activités, par un des cadres légaux les plus rigides de l’administration), de l’agribashing (nom donné au fait que la société, par le biais des discours dominants et de leurs relais “fait porter la responsabilité des conséquences écologiques ou sanitaires des politiques productivistes aux individus qui n’en sont que les exécutants”), du mépris de la classe paysanne et du métier de paysan, de la honte (d’un revenu ridicule, indécent, ou de l’impossibilité de transmettre sa terre, sa ferme, pourtant héritée de générations), et de l’isolement social.

Le verrou technologique

la politique de “modernisation” de l’agriculture conduit à une “prolétarisation” — voire une “ubérisation” selon les termes du juriste Alain Supiot — des actifs agricoles. En effet, ils et elles se voient obligé·es de s’endetter pour : devenir propriétaires de leurs outils de travail respectifs, dépossédé·es de leurs savoirs, moyens, capacités, savoir-faire, et mis en concurrence constante, “sans quasiment aucune protection ni capacité d’organisation collective vis-à-vis d’un donneur d’ordres commun qui impose les objectifs comme les prix”. Et même si les paysans supportent le risque (financier, climatique, etc.) associé à la propriété de leur outil de travail, “posséder sa ferme ne suffit […] plus à décider comment la mener” puisque leur activité est dictée par “des impératifs externes sur lesquels il n’ont aucune prise”. Notamment, depuis l’après-guerre, les politiques de développement agricole “incarnent une forme de solutionnisme qui pousse les paysans à délaisser des outils sur lesquels ils avaient une emprise, pour des technologies qui leurs échappent”, des boîtes noires de plus en plus complexes.

Parmi les derniers exemples en date : le plan Agriculture - Innovation 2025 de 2016, tel que rapporté dans le plaidoyer pour une souveraineté technologique des paysans du pôle InPact (Initiatives pour une agriculture citoyenne et territoriale, dont l’Atelier Paysan est un des membres fondateurs) ”prévoit 10 Md€ pour développer et déployer des technologies numériques [5G, big data, applications, intelligence artificielle, suivi satellite, etc.], de la robotique [drones, robots de traite, tracteurs auto-guidés, automatisation de cultures hors-sol aux environnements dictés par des algorithmes alimentés en données par des panels de capteurs, etc.] et des biotechnologies [principalement les avancées du génie génétique] dans le secteur agricole, en mobilisant le même paysage d’acteurs ayant historiquement favorisé la standardisation et l’artificialisation de l’agriculture”.

La réglementation

Les normes, comme dans une certaine mesure les statuts et montages juridiques, sont souvent des facteurs essentiels de l’industrialisation (par exemple : obligation européenne de pucer les ovins, contrôles réguliers et obligation de remplacement des équipements, etc.). Certaines réglementations commerciales, peuvent également être des barrières efficaces (à ce jour) contre des importations moins-disantes sur les plans social et environnemental.

Le verrouillage du foncier agricole

La non-transmission et la concentration des terres agricoles — donc de la production, et des profits —, constitue la principale raison pour laquelle les inégalités se creusent entre petites et grosses exploitations, et le nombre d’agriculteurs en activité diminue chaque année. En effet, les mécanismes d’accaparement des terres cultivables — de plus en plus souvent “par des industriels d’envergure internationale, [dans le but] de maîtriser l’ensemble de la chaîne de production” — sont autant de freins à l’installation de porteurs de projets “hors cadre familial” (qui ne sont pas fils ou filles d’agriculteur·rices et ne “reprennent” pas une exploitation).

À noter que, fait rare, les quatre syndicats professionnels agricoles partagent le même point de vue sur ce sujet : “accepter l’intégration toujours plus forte des fermes au complexe industriel signifierait la fin des agriculteurs”. Malheureusement le secteur, en crise, est la proie des plus gros, et “les garde-fous ne jouent plus leur rôle”. En effet, d’après l’article de la journaliste Lucie Leclair, “de la ferme familiale à la firme internationale, l’agro-industrie avale la terre” : “en France, pour acheter une terre agricole, les candidats doivent obtenir l’aval de la Safer locale, [modèle de sociétés sans but lucratif] fondées en 1960 pour pérenniser [les] fermes indépendantes ; mais qui désormais servent parfois de marchepied [à ces firmes] en quête de terres”. Et Lucie Leclair de préciser les résultats de sa récente enquête “Hold-up sur la terre” : “cette dérive s’explique par la baisse drastique de leurs moyens. […] Les subventions de l’État n’ont cessé de fondre dans leurs budgets. [Les Safer] sont incitées à enchaîner les ventes pour maintenir leurs finances en bonne santé”. Benoît Grimonprez, spécialiste en droit rural de conclure : “leurs moyens d’action ne sont pas à la hauteur de leurs missions d’intérêt général” qui plus est “face à la structuration et au développement des exploitations sous forme de firmes”. Sans parler du fait que, même s’il n’est plus directement indexé sur la production, “le système [d’aides] européens ne limite pas les regroupements : plus on possède d’hectares, plus on bénéficie d’aides. […] La Commission européenne a autorisé des mesures significatives, [mais] il manque encore la volonté d’agir contre les grands groupes et une prise de conscience plus large, afin que la terre demeure un « espace politique » comme le définissait […] Henri Lefebvre. Autrement dit un espace façonné par les décisions de tous et non de quelques uns”. Tout cela alors que nous arrivons d’après la journaliste à un point de bascule : “un agriculteur sur quatre a plus de 60 ans. Si tous ceux qui obtiendront leurs annuités dans les trois prochaines années prennent leur retraite, 160 000 exploitations devront trouver un successeur. Tout est prêt pour un transfert massif”. Au sujet des enjeux autour du foncier agricole et de l’installation de nouveaux paysans, voir le travail du mouvement Terre de Liens.


2 - L’agriculture paysanne, une autre voie possible ? #

Face à ce constat, quels sont les modèles agricoles qui peuvent être considérés comme de véritables alternatives à l’agriculture conventionnelle, industrielle, productiviste et maintenant de précision, capables de répondre de façon viable et enviable aux défis de l’agriculture aujourd’hui ? En particulier, quelle vision de l’agriculture défend l’Atelier Paysan ? Un indice se trouve dans le nom de cette coopérative : c’est l’agriculture “paysanne”.

2.1 - Définitions de l’agriculture paysanne

D’après Wikipédia : “L’agriculture paysanne est une idée de l’agriculture qui s’inscrit dans les critères de durabilité, de respect de l’environnement et de conservation du tissu social. C’est une vision qui affirme que l’agriculture n’a pas qu’un rôle de production de denrées alimentaires, mais a aussi un rôle social, environnemental et de maintien de la qualité des produits agricoles”.

Les pratiques ou valeurs revendiquées par les paysans et les paysannes sont pour beaucoup ancestrales, millénaires, et se rapprochent des systèmes agricoles vivrières, en polyculture élevage, familiaux, encore pratiqués dans de nombreux pays du Sud. Mais si l’agriculture paysanne a d’une certaine façon toujours existé, le besoin de la formaliser n’a émergé que lorsqu’elle fut menacée par l’avancée de l’agro-industrie et que les paysan·nes se sont organisé·es pour lui résister.

En France par exemple, c’est en réaction à la “dépaysannisation” de l’agriculture et du monde rural (la destruction de leur mode de vie et du vivant dont il dépend, en partie décrite ci-dessus), amorcée après la guerre, et accélérée à partir des années 60-70, que des voix s’élèvent au début des années 80. Plusieurs organisations syndicales ouvertement “paysannes” entrent en dissidence et font scission de la FNSEA. Puis un mouvement qui “réunit des paysan·ne·s désireux·euses de proposer un modèle agricole permettant à des paysan·ne·s nombreux·euses de vivre décemment de leur travail” émerge autour de ce qui deviendra la fédération des ADEAR - “Associations pour le Développement [ou le maintien ?] de l’Emploi Agricole et Rural” ; aujourd’hui sa vocation est de servir de vecteur de partage d’expérience et de savoirs faire, pour permettre de maintenir et d’installer plus de paysan·nes.

Finalement, en 1986 plusieurs de ces structures organisent les “Assises Paysannes”, pour réclamer des politiques agricoles non productivistes, et en 1987 deux organisations syndicales paysannes fusionnent pour donner naissance à la Confédération Paysanne. Ce syndicat d’opposition au modèle conventionnel “milite pour une agriculture paysanne, respectueuse de l’environnement, de l’emploi agricole et de la qualité des produits”, et obtient aujourd’hui environ 20 % des suffrages en chambres d’agriculture, ce qui en fait la deuxième organisation professionnelle du secteur derrière la FNSEA. Depuis lors, “la Conf” a participé à fonder d’autres organisations de représentation et de défense de l’agriculture paysanne, telles que : la Coordination Paysanne Européenne en 1986, ou “Via Campesina” à l’échelle internationale en 1993. Les structures paysannes françaises aboutissent en 1998 à la création d’une charte de l’agriculture paysanne statuant 10 “principes politiques” :

  • Répartir les volumes et les moyens de production afin de permettre au plus grand nombre d’accéder au métier et d’en vivre,
  • Appliquer la souveraineté alimentaire ici et ailleurs,
  • Respecter la nature et le climat,
  • Valoriser les ressources abondantes et économiser les ressources rares,
  • Rechercher la transparence dans les actes d’achat, de production, de transformation et de vente des produits agricoles,
  • Assurer la bonne qualité gustative et sanitaire des produits pour tout le monde,
  • Viser le maximum d’autonomie dans le fonctionnement des exploitations agricoles,
  • Rechercher les partenariats avec d’autres acteurs du monde rural,
  • Maintenir la diversité des populations animales élevées et des variétés végétales cultivées,
  • Raisonner toujours à long terme et de manière globale.

(on peut noter à quel point les principes de cette agriculture paysanne s’opposent quasi diamétralement à ceux de l’agriculture productiviste, comparativement : elle consiste à “produire mieux et pour tout le monde, en travaillant moins mais à plus nombreux”) ainsi que 6 thématiques :

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Ce n’est qu’en décembre 2018 que le travail du réseau international Via Campesina aboutit à la “Déclaration des Nations unies sur les droits des paysans et des autres personnes travaillant dans les zones rurales”, “résolution juridiquement non- contraignante, à portée universelle, qui vient s’ajouter au corpus du droit international relatif aux droits des humains”. Elle comporte 26 articles, qui abordent les thématiques suivantes : l’égalité et la non-discrimination, la liberté et les droits civiques et politiques, les questions de justice sociale, mais aussi la souveraineté alimentaire, les droits à la biodiversité, à l’eau, à l’assainissement, aux terres, aux graines, à l’éducation, à la santé et à la sécurité sociale, aux savoirs traditionnels et au patrimoine culturel immatériel, etc.

En résumé, d’après la Confédération Paysanne, l’agriculture paysanne c’est : “des paysans plus autonomes qui produisent de la valeur ajoutée sur des surfaces raisonnables pour laisser de la place à tous ; des paysans fiers de leurs produits et du lien développé avec les consommateurs et les autres acteurs du monde rural ; des paysans qui innovent pour préserver la nature et transmettre leur ferme aux générations futures”.

Autre aspect important du projet de l’agriculture paysanne : contrairement à d’autres modèles d’agricultures dites “alternatives”, il ne correspond pas à un cahier des charges figé (qui se retrouve le plus souvent être excluant). En effet, c’est tout au plus une “marque non commerciale” en France, déposée par la FADEAR pour protéger ce qu’elle définit comme : une “démarche de progrès”, en constante évolution, un “guide pour s’améliorer et orienter les politiques agricoles”, ou encore un “projet de société”. Selon la FADEAR toujours : “les paysan·nes qui entrent dans cette démarche cherchent ce qui est le plus adapté à leur situation, au contexte agronomique et social local tout en tendant vers des objectifs communs”. C’est aussi pour cette raison que l’agriculture paysanne est à la fois bien identifiée au sein du monde agricole, mais bien moins connue du grand public (en tous les cas moins que l’agriculture “biologique”, l’agriculture “raisonnée”, l’agriculture “durable”, ou encore, dans certains milieux, la “permaculture”, les labels Bio, Nature et Progrès ou même Demeter) : aucun revenu généré par un label ne permet d’en faire la promotion. Mais étant donné le projet de l’agriculture paysanne, de raccourcir les chaînes de distribution, et de recréer localement du lien social entre producteurs et consommateurs, cette “promotion” n’est théoriquement “pas nécessaire”. En effet, il n’y a pas de publicité à faire loin du lieu de production, pour vendre ou certifier les mérites d’untel ou unetelle : comme ses “client·es” le ou la connaissent, sont témoins directs de ses pratiques, voire peuvent y participer, ils sont les mieux placés pour y adhérer ou non, suivant qu’ils se retrouvent bien dans sa façon de travailler, et partagent ses choix personnels et contextuels s’inscrivant dans ce projet sociétal de “nourrir mieux tout le monde, à plusieurs”.


2.2 - Exemples de pratiques paysannes

Plus concrètement on peut tout de même citer un certain nombre de pratiques, diverses, qui peuvent incarner aujourd’hui cette vision contemporaine de l’agriculture paysanne, notamment :

  • une grande rotation des cultures, sur des (plus) petites surfaces, et des fermes d’exploitation souvent familiale, ou collectives, à forte dimension sociale,
  • l’emploi, le développement et la préservation d’une diversité de variétés cultivées (y compris de semences paysannes et libres), ou encore de races dites “rustiques” (souvent moins “productives” que les races développées pour l’industrie, mais également plus adaptées et résistantes face aux aléas d’un environnement naturel donné, moins dépendantes d’intrants extérieurs),
  • la tendance à des techniques agronomiques plus naturelles et traditionnelles : que ce soit d’alimentation et d’entretien de la biodiversité du sol (compostage de matières organiques, notamment en association à de l’élevage, couverts végétaux incluant des engrais verts, travail superficiel, non rotatif du sol, etc.) ou de lutte contre les ravageurs indésirés (méthodes favorisant les prédateurs naturels, attirant les ravageurs ailleurs que dans les cultures, de barrières ou pièges mécaniques, etc.) — rapprochant en ce sens certaines pratiques paysannes de techniques dites “biologiques” au sens de limitant voire évitant les intrants chimiques comme les engrais de synthèse ou les pesticides, fongicides, etc.
  • une dépendance réduite vis-à-vis des banques et des agro-fournisseurs : en limitant les charges et frais d’exploitation, en intégrant au maximum la production sur la ferme de l’ensemble des “intrants” nécessaires (nourriture pour animaux, semences, engrais, etc.), et plus largement en socialisant l’activité : le métier (dans le cas des nombreux collectifs informels de paysan·nes qui s’entraident, ou encore des GAEC - Groupements agricoles d’exploitation en commun), le développement agricole (dans le cas des ADEAR), les machines agricoles (par exemple au moyen de CUMA - Coopératives d’utilisation de matériel agricole), les gains et les pertes de production (dans le cas d’une AMAP), les moyens financiers et techniques (dans le cas de financements et chantiers participatifs), ou encore les savoirs et savoir-faire techniques (notamment grâce au travail mené par l’ADEAR Grand Est dans le cadre du “Répertoire des savoir-faire paysans” ou au colportage de l’Atelier Paysan).

Toutes ces pratiques illustrent et incarnent ainsi : la quête d’une plus grande autonomie, s’appuyant notamment sur la diversité, la redondance, la circularité et l’entraide dans les processus de production à l’œuvre — à la façon de tout écosystème naturel en bonne santé (sur la solidarité dans le vivant, voir “L’entraide, l’autre loi de la jungle” de Gauthier Chapelle et Pablo Servigne).


2.3 - Au sujet des technologies paysannes :

C’est la mission initiale que s’est donnée l’Atelier Paysan, “coopérative d’autoconstruction”, que de pouvoir “accompagner la conception et le colportage des technologies paysannes” en vue d’une plus grande “souveraineté technologique des paysans”, ou d’une plus grande “autonomie paysanne et alimentaire”. Pour cela elle a mis en place depuis une dizaine d’années, un certain nombre de dispositifs et d’outils partagés :

  • les TRIP = Tournées de Recensement d’Initiatives Paysannes, pendant lesquelles les membres de l’Atelier Paysan viennent documenter, sur le terrain, au sein des fermes, les différentes innovations paysannes,
  • l’accompagnement de groupes de paysan.nes dans la conception et la Recherche & Développement de nouveaux outils ou bâtis,
  • la publication de documentations sous licences libres (Creative Commons), que ce soit de revue de TRIP, de plans, de tutoriels, de 3D, etc.
  • une large gamme de formations pour la plupart financées par le fond de formation agricole VIVEA : à la politique agricole, à l’initiation au travail du métal, à l’autoconstruction d’outils, à l’usage de logiciels ou d’électronique libre pour faciliter la gestion de cultures, à l’appropriation de techniques agronomiques paysannes comme le maraîchage en planches permanentes, etc.

Mais concrètement, comment mieux cerner, appréhender, formaliser le concept de “technologie paysanne” ?


3 - Des techniques au service de “l’autonomie paysanne” #

Du point de vue du Low-tech Lab, le concept de “technologie paysanne” nous a paru intéressant à étudier dans ses modalités de développement et de diffusion, sa pluralité suivant les contextes, ses déclinaisons dans les différentes dimensions de la paysannerie, etc. puisqu’il s’agit a priori de technologies conviviales, démocratiques, libres, développées collectivement et au plus proche des besoins, et la plupart du temps autoconstruites ; pourrait-on dire low-tech ?

3.1 - Des technologies conviviales, appropriées

Pour s’en faire une idée plus concrète, les exemples dénichés, documentés et transmis par l’Atelier Paysan, permettent de mettre des systèmes, des bâtis, des équipements, des logiciels, derrière ce terme : du triangle d’attelage au lit de désherbage électrique (la Chtit-bine, en photo ci-dessous), des outils de travail du sol adaptés au maraîchage en planches permanentes (butteuse, cultibutte, vibroplanche, etc.) au petit tracteur porte-outil à pédale (l’Aggrozouk, anciennement “bicitractor”, plus d’information sur le site internet de l’association Farming Soul qui l’a développé), de la houe maraîchère au four à pain, du poulailler mobile au “Porte-tout”, en passant par des outils de traction animale ou le fameux “Landoryfort”.

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La Chtit-bine, porte-outil électrique polyvalent, ici en configuration lit de travail, utilisée pour le désherbage de planches permanentes sur la ferme de Romuald Botte © Julie Tavernier - Low-tech Lab

La Chtit-bine, porte-outil électrique polyvalent, ici en configuration lit de travail, utilisée pour le désherbage de planches permanentes sur la ferme de Romuald Botte © Julien Lemaistre - Low-tech Lab

À noter que certains sont manuels, d’autres tractés (par des animaux de traits ou des plutôt petits tracteurs), d’autres encore à motorisation alternative (électrique, à pédale, etc.) ; le distinguo ne se fait donc pas particulièrement sur la dimension / consommation / sobriété énergétique, mais bien sur la réponse la plus simple et locale possible à un besoin, la plus maîtrisée par son utilisateur. Ou plutôt dans une recherche de juste nécessaire, ou de juste compromis, entre : pénibilité, simplicité, souci de l’environnement, efficacité, robustesse, économie de moyens, adaptation au contexte et aux usages, etc.

À première vue on retrouve donc dans ces “technologies paysannes” la notion d’”outil convivial” telle que définie par Ivan Illich dans La Convivialité :

  • les paysan·nes ne sont pas nécessairement capables de les fabriquer de toute pièce, mais sont bien capables de les adapter, de les modifier, de les réparer, de les entretenir, etc. ;
  • elles sont le résultats du principe de subsidiarité : à chaque contexte et chaque usage, correspond un outil spécifique, sur mesure, pensé, conçu, adapté, modifié, fabriqué par l’usager, qui reprend du pouvoir d’agir et d’influer sur sa propre pratique, son environnement de travail ;
  • plutôt que de susciter des relations d’exploitation, de domination, ces technologies participent à faire des paysan·nes des “individus politiquement interdépendants plutôt que des gestionnaires” ;
  • leurs échelles de puissance — le gain de productivité qu’elles permettent d’atteindre — se situe autour d’un certain optimum, et surtout entre deux seuils :
    • au-dessus d’un premier seuil permettant à l’outil concerné d’œuvrer à une amélioration globale des conditions de travail et de vie, de gagner du temps, de relocaliser de la valeur ajoutée, d’améliorer la qualité d’une production, voire de réduire la consommation d’énergie nécessaire à produire ce travail, cette valeur ajoutée, cette qualité… et qui pourrait concerner une très majoritaire partie de la population paysanne s’il était massivement employé ;
    • mais en-dessous d’un second seuil qui représente le degré de puissance déployée à ne pas dépasser au risque de desservir l’objectif initial — en l’occurrence de remplacer le paysan, ou de détruire le vivant avec lequel il travaille, de contribuer au changement climatique, etc. — et de tomber dans une course à la surenchère technologique pour compenser ces externalités négatives.

Mais on peut également les rapprocher des “technologies appropriées” au sens d’Ernst Friedrich Schumacher, dans “Small is Beautiful” : “des choix technologiques et applications à petite échelle, décentralisés, à forte utilisation de main-d’œuvre, économes en énergie, respectueux de l’environnement et localement autonomes”.


3.2 - Prolongation et cohérence au-delà de la dimension technique

Pour aller un peu plus loin dans l’analyse : ce ne sont pas seulement les critères ou caractéristiques de ces technologies paysannes qui sont intéressants, mais également leur finalité, les objectifs que sert leur réappropriation collective — autrement dit de la démarche low-tech en agriculture. Concrètement : elle redonne du pouvoir d’action, de l’autonomie aux agriculteurs, elle leur redonne la capacité de penser, de concevoir, “d’adapter leur outil à leur travail et non pas l’inverse”, comme le dit Romuald Botte, le paysan maraîcher auquel nous avons dédié une large partie de notre enquête.

Au-delà du rapport à la machine, c’est aussi un certain rapport au travail qui se dessine. Avec l’émancipation, l’autonomie, l’ergonomie et la juste échelle de production, arrive aussi la perspective de partager un métier plutôt que de se battre pour des parts de marché, et pour chacun d’être en capacité, en pouvoir, de faire ce qui lui tient à cœur dans les meilleures conditions, plutôt que d’être contraint, bloqué, dépendant d’experts, de marchés ou de fournisseurs.

Pour revenir sur l’Atelier Paysan, qui vise à faciliter cette réappropriation collective des technologies paysannes sans nécessairement doubler les journées de travail des agriculteurs et agricultrices, le travail de la coopérative consiste en grande partie à mettre divers profils “au service des paysan·nes”. notamment des profils techniques comme ceux de différents ingénieur·es. On peut considérer à ce sujet que l’Atelier Paysan inverse le rôle historique de l’ingénieur·e, à savoir : industrialiser, optimiser la production, et au passage concentrer des savoirs et capacités techniques (entre les mains des hauts fonctionnaires, des experts, des brevets privés, etc.), qui auparavant étaient plus diffuses dans une grande partie de la société (par nécessité ou par volonté d’indépendance). De leur côté, les ingénieur·es de l’Atelier Paysan rétro-modélisent des appareils industriels pour les adapter, les détourner et les “artisanaliser”, ou encore valorisent, démocratisent et transmettent des compétences essentielles et autonomisantes . Voir à ce sujet l’ouvrage de Célia Izoard “Lettres aux humains qui robotisent le monde, merci de changer de métier” aux Éditions de la Dernière Lettre, lu et résumé par Audrey Vernon dans l’épisode dédié de son podcast Big Books ; sur le concept de “liberté par l’autonomie plutôt que par la délivrance des contingences”, voir par exemple le concept de subsistance, tel que développé par les chercheuses écoféministes allemandes Maria Mies et Veronika Bennholdt-Thomsen dans leur ouvrage “perspective de subsistance” aux éditions Zed Books, et réinvesti par Aurélien Berlan dans son ouvrage “Terre et Liberté” aux éditions La Lenteur, dont le média Reporterre publie les “bonnes feuilles” dans un article dédié et accessible en ligne.

Pour autant, la cohérence entre les valeurs de ces technologies appropriées que sont les technologies paysannes, et leur mise au service de l’autonomie technique des paysan·nes, n’est pas la seule dimension intéressante entre low-tech et paysannerie.

Et c’est peut-être là le plus instructif pour une pensée de la low-tech qui se prolonge aux domaines professionnels, économiques, des organisations, et de la société : l’harmonie philosophique et politique entre ce rapport à la technologie et les autres dimensions de la paysannerie — par exemple résumées dans les autres points de la charte, ou encore les autres pétales de la rosace ci-dessus. Notamment :

  • l’idée d’autonomie qui dépasse la dimension technique pour toucher à la sphère économique des fermes ;
  • la limitation du pouvoir de transformation et de production que constitue ce type de technologies, qui rend possible — et souhaitable — le fameux “partage du métier”, et ce à l’encontre de l’idéologie de la compétition entre paysan·nes ;
  • l’amélioration des conditions de travail par des outils sur mesure, qui permet un travail ergonomique et adapté aux spécificités de chaque contexte, favorise le goût du “travail bien fait”, et se retrouve ainsi dans la quête de qualité des produits plutôt que de quantité, dans l’idée de coopérer avec le sol, de respecter ses cycles, de travailler avec le vivant plutôt que de chercher à le maîtriser, ou dans la volonté de faire avec et à partir du tissu socio-économique local ;
  • la perspective de mutualisation des biens, des outils, des efforts, favorise l’idée de faire ensemble, de socialiser le travail agricole ;
  • enfin le caractère “approprié” de ces technologies rend possible le travail sur des fermes plus petites mais surtout moins capitalisées, et facilite leur transmissibilité ; à l’horizon de quoi la terre peut retrouver ce statut de commun dont chaque paysan·ne a l’usufruit.

Tout cela nous amène à penser que l’agriculture paysanne est à la fois cohérente et inspirante, sur les plans technologique, économique et social.

Cette corrélation entre valeurs intrinsèques d’une vision de la technologie qui se voudrait conviviale ou appropriée, et les principes politiques d’un pan entier de la société, peut constituer un véritable guide pour opérer cette mise en cohérence et ce passage de la technique à l’humain — autrement dit : le “passage, ou la traduction, l’interprétation de la démarche low-tech à l’échelle collective, des organisations, des territoires ou de la société” — dans d’autres secteurs que celui de l’agriculture ! Dans la pêche, l’énergie, l’habitat, la logistique, la gestion des déchets, la (dé)construction, etc.

Dernier apprentissage édifiant de cette enquête : l’Atelier Paysan n’arrête pas là son exercice humble et lucide d’auto-critique.


4 - Un projet de transformation social pour dépasser le constat d’échec des alternatives #

Malgré toutes ces promesses et perspectives réjouissantes que renferme le modèle de l’agriculture paysanne comme alternative au système agro-industriel, pour la coopérative, soutenir son développement à la marge ne suffit pas.

4.1 - Le paradoxe des alternatives

En effet, suivant l’analyse et le bilan que font les auteurs de Reprendre la Terre aux Machines, on peut noter les faits suivants : les alternatives (en l’occurrence agricoles) au modèle conventionnel, ont beau être de plus en plus présentes et répandues, au moins dans les médias, en réalité :

  • elles ne sont certainement pas accessibles à tous et toutes ; le jeu des labels et la fiscalité du travail notamment en France augmentent significativement le prix des produits de qualité (nutritive, sociale, environnementale, etc.) — ainsi selon l’Atelier Paysan “l’alimentation devient un marqueur de classes” (sociales, économiques, géographiques) et dans les faits “en moyenne ce sont deux fois plus de cadres que d’ouvriers qui consomment bio” ;
  • elles forment ainsi, volontairement ou non, des bulles sociologiques : le biais de confirmation déforme les perceptions de celles et ceux qui — pouvant se le permettre — font délibérément partie du cercle : ces personnes “ont le sentiment d’avoir pris leurs responsabilités” mais peuvent avoir plus de mal à considérer le problème dans son ensemble et avec objectivité. Puisqu’elles ont “fait l’effort”, se sont donné du mal, mais ont “réussi”, cela doit être “à la portée de tout le monde” ;
  • elles ne changent pas profondément les choses et suivent encore en grande partie les modalités de fonctionnement du système actuel : aides publiques, cahiers des charges, nouveaux marchés, loi de l’offre et de la demande, etc.) ; d’après l’Atelier Paysan, des alternatives comme l’agriculture biologique, “n’ont pas [encore] fait la preuve de leur modèle économique à l’échelle de la société et de l’ensemble de la population”, et “ne peuvent [pour l’instant] marcher que parce qu’elles s’adressent à une niche”,
  • enfin, toujours d’après leur analyse : “si elles ne sont pas accompagnées de militantisme, d’engagement autre qu’à l’échelle de l’individu (le « faire sa part »), elles participent au maintien du système”. En proposant une offre parallèle, on justifie une inertie et un manque d’actions concrètes qui viseraient à changer les rouages du modèle en profondeur.

Au sujet du paradoxe qui résulte de tout ça — tandis que d’un côté les consommateur·rices semblent acquis·es à la cause agricole (circuits courts, AMAP, labels, etc.), le modèle industriel et marchand de l’autre côté, reste intact, voire continue de s’intensifier au fil des décennies — deux des membres du comité d’écriture de l’Atelier Paysan, Emmanuel Aze et Nicolas Decôme affirment dans un entretien accordé au Figaro :

L’État français lui-même, bras politique du complexe agro-industriel qui a émergé dans les années 60, a intérêt à une telle focalisation du débat public sur les pratiques individuelles de consommation. Implicitement, elle fait [ainsi] de la « responsabilité des consommateurs » le ressort par excellence de la transformation de l’agriculture, détournant en cela la collectivité de l’examen des politiques agricoles dites publiques, et de leur responsabilité dans les dévastations économiques, sociales, sanitaires et écologiques en cours depuis 70 ans. En réalité ce sont ces politiques, française et européenne, agricoles mais pas seulement, qui dessinent les réalités agricoles et alimentaires. Elles poursuivent deux objectifs principaux : d’une part, parce qu’il en va de la paix sociale […], elles visent à procurer une alimentation « bon marché », accessible aux nombreuses populations précarisées par les politiques de dérégulation économique et sociale […]. D’autre part, [à] maintenir le secteur agricole dans la fonction-support qui est la sienne depuis l’après-guerre, c’est-à-dire comme débouché pour un ensemble d’industries qu’il s’agit ainsi de soutenir : l’industrie du machinisme, [celle] de la chimie, et plus récemment [celles] de la robotique et de l’ « Intelligence Artificielle ». Mis en regard de ces objectifs, bien réels ceux-là, les éléments de langage déployés par l’exécutif depuis quelques années (« transition écologique », « souveraineté alimentaire »…) sont stupéfiants”.


4.2 - Les propositions de l’Atelier Paysan

Même si depuis les années 70 ils observent “le triomphe du consumérisme, de l’individualisme conformiste, et de la résignation politique érigée en valeur positive”, les membres de la coopérative ont donc décidé de prendre acte de ce constat d’impuissance et d’inoffensivité. Plutôt que de simplement jouer sur le terrain imposé par le marché — celui de l’offre et de la demande —, en offrant un autre choix de consommation, ou en soutenant une alternative de plus, ils se donnent les moyens d’aller plus loin dans le champ d’action politique. Concrètement, l’Atelier Paysan invite à : “porter le projet d’une transformation [sociale et] démocratique de l’agriculture et de l’alimentation, dans tous leurs aspects”.

Pour cela ils veulent œuvrer directement et indirectement à :

  • l’installation d’1 million de paysans dans les années à venir — au regard du nombre d’exploitants et de travailleurs de la terre affairés dans les champs d’un pays comme le nôtre aujourd’hui, “l’usage massif de pesticides est absolument inévitable [ils remplacent littéralement la main d’œuvre agricole : s’en débarasser impliquerait d’embaucher énormément de nouveaux travailleurs et nouvelles travailleuses du jour au lendemain]. On ne peut pas espérer se passer [de ces intrants] en conservant le même type de modèle agricole”, c’est mathématique,
  • la repolitisation de l’agriculture et de l’alimentation — en changeant de posture, de démarche et de positionnement, en décidant de proposer, en plus des formations à l’autoconstruction d’outils paysans, des ateliers d’éducation populaire sur le sujet de la politique agricole un peu partout en France, dans les milieux ruraux et au-delà,
  • l’explicite “désescalade technologique”,
  • la possibilité d’une harmonisation sociale européenne associée à un protectionnisme national (par le biais de prix minimum d’entrée plutôt que de simples barrières douanières)
  • la socialisation de l’alimentation, c’est-à-dire la relocalisation et la démocratisation de la décision (au sein d’assemblées locales), le rapprochement entre production et consommation, et la décorrélation volontaire entre : rémunération et reconnaissance des agriculteurs, vente d’aliments, logiques de prix, etc. et ce par exemples sous forme de : coopératives intégrales, régies municipales agricoles, ou d’une sécurité sociale de l’alimentation.

4.3 - Déjà en germe dans le modèle de la ferme de Romuald Botte

Avec un peu de recul, on observe enfin que le projet agricole “de société” que l’Atelier Paysan vise à massifier par ces propositions et actions in fine “politiques” (au sens de politeia), s’incarne déjà à petite échelle sur une ferme comme celle de Romuald Botte, qui a servi de point focal à cette enquête.

En effet, il s’agit :

  • d’une “petite ferme” : 1,2 ha, qui répond au besoin élémentaire de s’alimenter en légumes d’une 70aine de familles chaque semaine (et assure une partie de leur consommation de fruits), avec le travail d’un seul paysan : Romuald (rejoint depuis 2021 par une salariée agricole à quart temps, Armelle),
  • qui fonctionne entièrement en AMAP - Association pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne : les coûts de production, rémunération du paysan incluse, sont mutualisés et financés à l’avance sur l’année, par une association de consommateur·rices qui s’impliquent économiquement et humainement dans l’activité de production et de distribution alimentaire ; Romuald est rarement seul sur sa ferme, et est en contact direct avec ses AMAPien·nes à chaque distribution de paniers ; chaque année “l’AMAP des Weppes” avance également dans sa dimension solidaire (pouvoir “suspendre” des paniers, donner les paniers qui ne sont pas récupérés à des structures sociales, lisser les impossibilités de paiement, adapter les tarifs, etc.)
  • d’un paysan tout à la fois : autodidacte, installé suite à une “marche en soutien des paysans Indiens sans terres”, en 2007 (sur un terrain passé agricole au Plan Local d’Urbanisme à cette occasion), autonome techniquement sur sa ferme, concepteur et usager de machines de l’Atelier Paysan comme la chtit-bine déjà mentionnée précédemment,
  • d’une activité de maraîchage diversifié (une cinquantaine de fruits et légumes) associé à l’élevage de poules pondeuses et des poulets de chair, labélisée bio depuis 2010, maraîcher-éleveur en planches permanentes,
  • et en parallèle d’une énergie importante allouée à la transmission de sa pratique : son rapport à la machine agricole et ses compétences techniques via les formations de la coopérative d’autoconstruction, ses savoirs et savoir-faire paysans via l’accueil permanent de stagiaires porteurs-de-projets (par l’intermédiaire de structures de formation ou d’accompagnement à l’installation comme Initiatives Paysannes, l’association Avenir, ou directement la Confédération Paysanne Nord-Pas de Calais), ou encore au travers des interventions et cours qu’il assure en lycée agricole.
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Romuald Botte, le paysan maraîcher et éleveur que nous avons suivi pendant presque 20 jours à l'été 2021, et dont le modèle d'organisation est détaillé dans l'étude de cas ; ici dans la serre multi-chapelle qui est le fruit d'un financement et d'un chantier participatif au sein de son AMAP © Julien Lemaistre - Low-tech Lab

Au passage, son modèle d’activité donne aussi à voir la traduction cohérente à cette échelle sociale et économique — en l’occurrence l’échelle individuelle et artisanale —, des valeurs de la démarche low-tech.


Conclusion #

En nous donnant l’opportunité de raconter ce que la quête d’une agriculture plus low-tech d’une certaine autonomie paysanne peut apporter aux individus, aux structures et aux territoires, nous espérons que notre travail d’enquête et de documentation pourra participer :

  • pourquoi pas, à faire découvrir cette voie alternative et prometteuse, à celles et ceux qui sont déjà lancé·es dans une activité agricole,
  • mais surtout, à mobiliser toujours plus de mangeurs et mangeuses face à l’enjeu que représente les conditions de production et de distribution de notre alimentation, au-delà de sa composition,
  • et enfin, à inspirer de nouveaux et nouvelles porteur·ses de projets, prêt·es à s’installer dans cette démarche pour contribuer à relever le défi de l’agriculture dans les années à venir.

À ce sujet justement — quelques jours avant l’ouverture du Salon de l’Agriculture et tandis qu’un collectif d’acteurs du monde rural (mentionnés dans cet article) appelle publiquement à “une révolution paysanne et citoyenne qui tienne compte de la complexité de l’environnement et renoue avec le vivant”, considérant comme nécessaire l’avènement d’une nouvelle “démocratie alimentaire : nous produisons, nous mangeons, nous décidons” — il se trouve que l’Atelier Paysan a récemment développé des formations à l’installation en autonomie paysanne particulièrement ambitieuses, de 45 jours et à visée professionnalisante. Comme on dit chez nous : “y’a plus qu’à” !


Un peu de lecture pour aller plus loin #

Très nombreuses sur le sujet :

  • Le livre de L’Atelier Paysan - “Reprendre la Terre aux Machines, manifeste pour une autonomie paysanne et alimentaire” (disponible aux éditions du Seuil),
  • Le rapport de L’Atelier Paysan - “Observations sur les Technologies Agricoles” (sur le site de l’Atelier Paysan),
  • La tribune d’inPact - Plaidoyer pour la souveraineté technologique des paysans (sur le site de l’Atelier Paysan)
  • Plus largement le reste du site, les publications, documentations, tutoriels, catalogues de formations (politiques, au travail du métal, aux techniques agronomiques, à l’usage de logiciels et d’électronique libre, à l’autoconstruction de technologies paysannes appropriées, à l’installation, etc.) de l’Atelier Paysan (lien),
  • Également le site de Farming Soul et toutes ses ressources (lien),
  • Le livre de Romuald Botte et Bruno Villalba - “La figure du paysan, la ferme, l’AMAP et la politique” (disponible aux éditions Le bord de l’eau)
  • Le site de l’amap des weppes (lien)
  • Le site de la Sécurité sociale de l’alimentation (lien)
  • La lettre de refus de la légion d’honneur, rédigée par Patrick Bougeard, paysan à la retraite, ancien président de Solidarité Paysans, et l’un des membres historiques de l’Atelier Paysan (disponible sur le site du média La Relève et la Peste)
  • Le site du projet solidaire “Renouveau paysan” (lien)
  • Le site d’Initiative Paysanne, ADEAR - Association pour le développement de l’emploi agricole et rural, des Hauts de France (FADEAR)
  • Le site de la Confédération Paysanne (lien)
  • Le dossier “Agriculture Numérique” (disponible sur le site du média Reporterre)
  • Le manuel “Vers la résilience alimentaire, faire face aux menaces globales à l’échelle des territoires” (aux éditions Yves Michel et disponible en téléchargement gratuit sur le site des Greniers de l’Abondance)
  • Le livre de Lucile Leclair - “Hold up sur la terre” (disponible aux éditions du Seuil)
  • Le livre illustré d’Aude Vidal et Guillaume Trouillard - “On achève bien les éleveurs, Résistances à l’industrialisation de l’élevage” (disponible aux éditions L’échappée)
  • L’ouvrage de Sarah Petitbon et Louise Druhle - “Manuels, l’Atelier Paysan” (disponible aux éditions 369)
  • L’enregistrement audio de la présentation “Pourquoi l’Atelier Paysan”, auprès de lycéen·nes, par Nicolas Decôme, salarié sociétaire de la coopérative et par ailleurs coordinateur de l’association Technologos, (rediffusée dans le cadre de l’émission Racine de Moins Un, de la Radio (libre) Zinzine)
  • Le livre du Groupe Blé et de Mathieu Brier - “Notre pain est politique, les blés paysans face à l’industrie boulangère” (disponible aux éditions de la dernière lettre)
  • Le podcast “Reprise de terres” du média Terrestres, et notamment l’épisode “L’installation paysanne” (disponible sur le site Audioblog d’Arte Radio)
  • La lettre des travailleurs de Paris - “Aux travailleurs des campagnes”, rédigée pendant la Commune par (Léodile Béra) André Léo (et publiée dans le journal La Commune du 10 avril, dans le journal La Sociale du 3 mai, envoyée hors des murs de la capitale par ballons, et relayée par le blog de Michèle Audin)
  • Les brochures d’éducation populaire sur la déclaration des nations unies sur les droits de paysan·nes de l’ONU de 2018 (publiées par le mouvement international “Via Campesina” et disponibles en téléchargement gratuit sur leur site)
  • La déclaration de Rome sur la souveraineté alimentaire, “le droit de produire, l’accès à la terre”, 1996 (également rédigée et publiée par le mouvement international “Via Campesina”, encore disponible sur leur site)
  • L’excellent “guide pratique pour débuter en agro-écologie” et les fiches pédagoqiques “10 pratiques essentielles au jardin agro-écologique” de l’association Terre & Humanisme (disponible en téléchargement gratuit sur leur site)
  • La BD “L’agriculture paysanne expliquée aux citoyen·nes” (éditée par la FADEAR, la confédération paysanne, disponible en téléchargement gratuit sur le site de la FADEAR)
  • La BD “Agriculture et alimentation, même combat” (éditée par la FADEAR et la Confédération paysanne, disponible en téléchargement gratuit sur le site de la FADEAR)
  • Les BD “Amapien·ne, pourquoi pas moi ?” et “Paysan·ne en AMAP, pourquoi pas moi ?” (réalisées par Jean Leveugle dans le cadre du projet “Les AMAP en BD” du MIRAMAP - mouvement inter-régional des AMAP, et respectivement disponibles parmi les ressources du site AMAPartage)
  • La BD des paysannes en polaire et de Maud Bénézit - “il est où le patron, chroniques paysannes” (disponible aux éditions Marabulles - Marabout)
  • Le site du mouvement Terre de Liens, et celui de son centre de ressources.
  • Les ressources du site de l’association AGTER - pour l’Amélioration de la Gouvernance de la Terre, de l’Eau et des Ressources Naturelles, et notamment son fonds documentaire dynamique.

Les photos #


L’étude de cas #

Le détail de la documentation technique et socio-économique de cette enquête sur l’AMAP et la ferme des Weppes, ainsi que sur son écosystème et le modèle de l’Atelier Paysan, sera à retrouver dans l’étude de cas dédiée, qui reste à paraître.


Les (autres) enquêtes #

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