Les toilettes par la lunette de la low-tech :-)

Article

Date de publication : 19 novembre 2020 - et ce n’est pas un hasard
Auteur : Low-tech Lab
Localisation : les toilettes sèches du bâtiment Explore à Concarneau - car oui, avoir des toilettes sèches au bureau, c’est possible.

A l’occasion de la journée mondiale des toilettes, nous avons voulu prendre la parole sur le sujet - trop souvent tabou en Europe - des excréments. A l’heure où le changement climatique met de plus en plus de pression sur nos ressources en eau, combien de temps allons-nous continuer à “chier dans l’eau potable” ? Et pour la moitié de la population mondiale qui ne connaît pas le luxe d’avoir des installations sanitaires, quelles alternatives à la défécation à l’air libre, avec tous les enjeux de pollution des eaux de l’écosystème ? Petit passage en revue des solutions low-tech identifiées à ce jour par l’association et retour d’expérience du Nomade des Mers.

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© Low-tech Lab

La toilette sèche : la reine du trône

Les toilettes sèches permettent de réduire de 20% la consommation en eau de son foyer, ainsi que la création d’un humus utilisable pour le jardin pour un confort d’utilisation égal (voire supérieur aux toilettes classiques - c’est en tout cas ceux que les utilisateurs en disent, tant lors de l’expérimentation de l’habitat low-tech qu’à bord du Nomade des mers).

Fonctionnement des toilettes sèches classiques

Il existe de nombreux systèmes de toilettes sèches. Ici, le modèle proposé est dit à litière biomaitrisée (TLB). Il ne nécessite aucune ventilation. Le seau en inox reçoit les déjections (urine et excrément), le papier toilette ainsi que de la matière végétale carbonée. L’apport de matière végétale sèche riche en carbone (paille, feuille morte, sciure) doit être 30 fois plus important que l’apport en excréments, riche en azote. Que ce soit dans la pièce où sont installées les toilettes, ou dans la zone de compostage, très peu d’odeurs sont émises.

Une bonne aération du compost est nécessaire afin que les organismes « aérobies », qui ont besoin d’oxygène, puissent réaliser correctement le travail de décomposition. Les broyats participent à créer un compost bien aéré.

Atouts du système

Bien que les TLB nécessitent de vider le seau régulièrement (2 fois par semaine pour une famille de 4 personnes), elles ne dégagent pas d’odeur et ne créent pas de bruit indésirable contrairement aux toilettes classiques.

On pense forcément à ce culte du toilette high-tech au Japon où les entrepreneurs rivalisent d’inventivité pour développer des toilettes musicales et couvrir les sons que l’on fait sur la selle… utile / pas utile ? La question ne se pose plus quand on cesse de faire ses besoins dans de l’eau !


Les excréments, déchets ou ressources?

Mais n’est-ce pas notre posture vis-à-vis de nos excréments qui est à revoir ? Que se passerait-il si on inversait la vapeur et de déchet, il devenait une ressource ?

Habituellement considérés comme des déchets, nos excréments sont écoulés via les canalisations dans de l’eau dite « noire ». S’ensuit un long processus d’épuration, produisant au passage, les fameuses boues d’épuration, dont la revalorisation est complexe. En considérant ce processus de manière cyclique comme pour le fumier provenant des déjections d’animaux, il est possible de voir les excréments humains comme une ressource. En respectant de bonnes conditions d’hygiène, ils peuvent être facilement compostés et transformés en un humus sans pathogène, qui n’a plus rien à voir avec les excréments.

C’est la démarche que l’équipage du Nomade des Mers a à bord du catamaran et vous allez voir que cela permet à tout un écosystème d’exister.

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© Low-tech Lab

Sur Nomade des Mers rien ne disparaît, tout se transforme en ressource pour d’autres êtres vivants!

Des larves de mouches soldats noires sont logées confortablement au fond des toilettes sèches. Elles adorent se baigner dans de la nourriture prémâchée à 80% d’humidité.
Grâce à elles, les excréments sont transformés en un délicieux compost très nutritif qui peut être ajouté directement sur les cultures en bac de terre.

Les larves dégradent les toilettes sèches à une vitesse impressionnante. Elles divisent le volume des déchets par 5, si bien que pour 4 personnes, le sceau doit être vidé 2 fois par mois seulement.
Il est démontré que les larves ont pour effet de neutraliser la plupart des bactéries transmettant des maladies, telles que Salmonella spp ou E.Coli, ce qui limite le risque de transmission de maladies aux animaux et aux humains. Et pour boucler la boucle, les larves sont récoltées et données à l’élevage de grillons !

Quant à l’urine, celle-ci est déviée grâce à un séparateur d’urine intégré aux toilettes sèches. C’est de l’or liquide pour les plantes en hydroponie et la spiruline !
En effet, l’urine humaine est de loin le fertilisant le plus accessible, économique et écologique : c’est une source d’azote organique et de phosphore la plus assimilable pour les algues et végétaux.

La seule contrainte, veiller à avoir une alimentation et une hydratation de qualité pour que les excréments le soient également.

Bref, sur Nomade des Mers, quand on va aux toilettes, on a l’impression non pas de jeter, mais d’offrir :)

Ressources complémentaires sur le sujet :
Les documentaires Toilettes sans Tabou et les superpouvoirs de l’urine de ARTE.

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