[COMMUNAUTE] Low-tech Lab Yaoundé, le premier Low-tech Lab en Afrique

Interview, Article

Date de publication : 6 octobre 2021
Auteur : Loïc Oum Ntcham
Localisation : Yaoundé, Cameroun

Aujourd’hui, nous partons à la rencontre de Loïc Oum qui a fondé le Low-tech Lab Yaoundé, le tout premier Low-tech Lab en Afrique ! Ce grand passionné de bricolage a créé l’association pour répondre à des besoins locaux et diffuser au plus grand nombre les savoir-faire low-tech. L’environnement dans lequel le Low-tech Lab Yaoundé est implanté diffère fortement de celui des communautés de France. Mais même si le contexte est différent, la quête d’un mode de vie responsable et centré sur l’essentiel est la même. L’interview de Loïc est à découvrir ci-dessous.

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Divers modèles ont été mis en avant, les équipements provenant essentiellement de décharges et de récupération © OUM NTCHAM LOIC

Contexte

Peux-tu te présenter en quelques mots et revenir sur la création du Low-tech Lab Yaoundé ?

Technicien supérieur en génie télécom spécialisé en électronique, j’ai depuis toujours aimé bricoler. Cela s’est illustré par la création de petits robots et autres micro-projets universitaires.
C’est via la chaîne Arte et l’émission Nomades des Mers que j’ai rencontré Corentin et cela m’a motivé à penser plus écolo et à améliorer notre quotidien par des initiatives simples mais utiles pour tous. Mes grands-parents y sont aussi pour beaucoup ayant tous les deux la fibre agricole, ils m’ont toujours poussé à penser différemment, à plus respecter notre nature, mais également à mieux la comprendre.
Mon rôle, qui est plutôt une vocation - en tout cas, c’est comme cela que nous nous voyons au Low-tech Lab Yaoundé - c’est d’être pionnier d’un monde meilleur. Ainsi, j’essaye de répliquer un maximum de low-tech qui permettront de venir en aide aux populations des quartiers défavorisés et surtout des campagnes.

Au Cameroun il y a un vrai besoin puisque les gens vivent pour la plupart sous un seuil de pauvreté extrême.

Les low-tech permettent de répondre à des besoins de base de manière autonome et durable, en partie grâce à du matériel de récupération. Et au Cameroun il y a un vrai besoin puisque les gens vivent pour la plupart sous un seuil de pauvreté extrême. Ils manquent cruellement d’eau potable, d’électricité et ont un minimum pour vivre. Au vu de tout cela, nous avons trouvé nécessaire d’apporter notre expertise au travers des low-tech, pour palier au mieux aux difficultés soulevés plus haut et améliorer un tant soit peu leur existence. Pour cela, nous mettons en place des ateliers pour fabriquer et expérimenter les low-tech de la vie quotidienne (lampes, séchoirs solaires, etc.) et pour accompagner les citoyen·es camerounais·e·s à devenir plus autonomes et à révéler leur côté bricoleur·se !

Les créations et les partenaires

Aujourd’hui, quels sont les projets que porte le Low-tech Lab Yaoundé ?

Au Low-tech Lab de Yaoundé, nous souhaitons créer un écosystème Camerounais autour du savoir-faire et du savoir-être, avec un réseau local dense et résilient, et nous allons à la rencontre d’autres acteurs, des gisements de ressources de réemploi, etc. Le but est de promouvoir et rechercher des solutions qui répondent à des problématiques d’habitat, d’autonomie en eau, en énergie, en alimentation ou en matériaux, pour un meilleur respect de la nature, des cultures et des ressources propres à chaque territoire. Nous établissons des liens forts avec les structures publiques, académiques et entrepreneuriales afin de diffuser, à divers niveaux, la philosophie et les innovations low-tech, et d’accompagner la transition écologique de ces acteurs.

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Séchoir solaire type tunnel permettant de faciliter la conservation des aliments hors saisons et surtout une meilleure conservation des produits / zones rurales et GIC © OUM NTCHAM LOIC

Au cours de cette année, nous avons déjà fabriqué 5 lampes low-tech et un séchoir solaire pour un étudiant que nous supervisons pour sa licence en génie électronique. De plus, nous organisons des ateliers gratuits de formation et sensibilisation sur les déchets électroniques et leur impact sur l’environnement. Nous travaillons également en étroite collaboration avec le Low-tech Lab France pour nous permettre d’apprendre davantage sur les low-tech à travers le monde. Puis, nous allons à la rencontre des acteurs ayant un grand impact positif sur l’environnement. Par exemple, outre le Low-tech Lab, nous sommes en partenariat avec plusieurs associations comme l’ONG Solidarité Techniogique ou encore Awae Escalier, et de façon plus locale avec L’École Polytechnique Acrest de Bamboutous et Djakonie Essen.

Le nombre de bénéficiaires est aujourd’hui de 3 500 personnes, habitants de Yaoundé et du Cameroun plus généralement, grâce aux tutoriels sur la plateforme web lowtechlab.org.

Sur le long terme, nous souhaitons :

  • Créer des partenariats avec des universités locales pour permettre aux étudiants de proposer des solutions mieux adaptées aux problèmes locaux. Sensibiliser sur les dangers des déchets électroniques et surtout la récupération de certains composants pour en fabriquer d’autres.
  • Construire une communauté soudée et regroupée sur les low-tech diverses et variées, axées sur les énergies renouvelables, mais aussi sur l’alimentation, l’habitat, l’élevage…
  • Venir en aide aux plus démunis et aux sans-abris en leur donnant, à travers nos activités, la possibilité de se former, mais aussi de sortir du seuil de pauvreté qui est tellement flagrant dans nos quartiers.

Les contraintes

Quels problèmes avez-vous rencontrés depuis le lancement du Low-tech Lab Yaoundé ?

• Des freins psychologiques

Nous mettons un point d’honneur à nous consacrer aux modes de vie locaux. Notre objectif n’est pas de tout copier, mais d’améliorer ce qui est déjà existant pour le bien commun de tous, en rapport avec notre écosystème. Les modèles occidentaux sont aujourd’hui complètement dépassés et des alternatives sont recherchées pour éviter ou réduire les catastrophes naturelles et autres désastres écologiques. Cela en commençant par le Cameroun qui doit rapidement adopter d’autres modes de développement. Nous les avons déjà adoptés bien que nous ne maîtrisons pas ou très peu l’impact environnemental dont ils sont les principaux facteurs. Il est donc question maintenant d’améliorer ces innovations frugales, les tester et pourquoi pas les étudier scientifiquement.

Il est très important de contextualiser le problème, car les réalités sont souvent très éloignées des concepts. Pourquoi doit-on vivre avec les low-tech et est-ce rentable à long terme ? Les low-tech suscitent l’intérêt de la population, mais peu encore montrent leur implication concrète dans la cause. Comment amener les gens à vivre de la récupération et leur faire comprendre que c’est bénéfique pour leur santé et leur futur ? Il faut les sensibiliser, aller à leur rencontre, leur faire comprendre l’utilité des low-tech, les implémenter dans les écoles et universités, etc. Tels sont les défis à relever pour intégrer les innovations frugales dans nos vies quotidiennes.

La plupart des Africains sont encore braqués sur les technologies dont l’utilité n’améliore en rien le quotidien. Il faut compter entre 1.000.000 FCFA et 500.000 FCFA pour une installation solaire ou encore 150.000 FCFA pour un lampadaire solaire made in China. On importe toujours plus sans tenir compte des dommages que ces produits feront sur nos forêts, nos villes et notre santé. De plus en plus de quartiers populaires naissent, les zones rurales reculent et avec elles la faune et la flore. Il faudrait un processus d’information ou une vulgarisation des low-tech pour l’accès à tous.

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Photo d'une Lampe solaire made in China petite à gauche et à droite une lampe issue du matériel de récupération low-tech © OUM NTCHAM LOIC

• Des freins logistiques

Les matériaux de fabrication (bois, plastique, etc.) sont assez accessibles en Afrique et en particulier au Cameroun, mais la plupart des déchets électroniques ne sont pas recyclés et se retrouvent dans la nature (bennes à ordures, caniveaux, ruelles, etc.). Nous manquons cruellement d’équipement pour les recycler et nous faisons, la plupart du temps, appel à l’ONG solidarité Technologique qui recycle ces déchets.
L’enjeu pour nous est de récupérer ces déchets, de les transporter, de les conditionner et de les stocker jusqu’à leur ré-emploi. Nous manquons de véhicules pour la logistique d’approvisionnement, d’un atelier pour travailler et stocker, et d’équipements de sécurité (casques, masques, outils) pour le déssassemblage des composants.

Et demain …

Quels défis souhaitez-vous relever dans les prochains mois ? Dans les prochaines années ?

Nous avons différents objectifs, pour les années à venir, qui sont regroupés en trois catégories. La première concerne la production et l’amélioration des prototypes de low-tech notamment autour des lampes solaires. Pour la deuxième catégorie, il s’agit de la promotion et la sensibilisation autour des projets low-tech et de l’impact environnemental des déchets et composants électroniques. Enfin on retrouve un objectif de budgétisation et de rentabilité des activités pour permettre à l’association d’être pérenne.

L’année prochaine, nous nous concentrons sur les actions suivantes :

  • créer 20 lampadaires et 10 lampes low-tech, et d’avoir des retour des bénéficiaires pour les améliorer.
  • commercialiser des produits incluant nos lampes et de futures innovations telles que des séchoirs solaires, ventilateurs low-tech issus de nos ateliers.
  • faire des ateliers de formation et des salons autour de la low-tech.
  • faire des séminaires de formation pour les plus jeunes et les étudiants en particuliers et mieux promouvoir les low-tech encore mal exploitées au Cameroun.
  • aller à la rencontre des acteurs low-tech, les répertorier et les documenter. Faire découvrir d’autres techniques pour améliorer les conditions de vie des populations. Faire découvrir les low-tech aux Camerounais·se mais également sensibiliser sur l’impact environnemental.

A moyen terme, l’objectif est d’avoir un local où nous pourrions faire nos recherches, nos ateliers de formation et inviter des étudiants et élèves à venir découvrir les low-tech.

A long terme, l’idée serait de mettre en place des actions collectives avec d’autres partenaires locaux d’une part, et africains d’autre part, pour oeuvrer pour le développement durable à travers l’Afrique et ses différents pays.

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Les bénéficiaires : commerçants de nuit, familles vivants dans des conditions de précarité, villages © OUM NTCHAM LOIC

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