[MISSION BIOSPHERE] Semaine 15

Carnet de bord

Le 20 février 2018, Nomade des Mers a lancé la phase 2 de son exploration low-tech : La Mission Biosphère, ou 4 mois en autonomie grâce aux low-tech. Chaque semaine, Corentin nous partage son journal de bord

image1
Entretien des champignons — Mission Bisophère — Février 2018 — © Gold of Bengal

JOUR 95
Les nouveaux champignons ont envahi presque entièrement les paquets, sauf les zones qui paraissent trop humides. Je vais bientôt pouvoir les ouvrir pour leur permettre de produire des sporophores (nom de la partie que l’on mange -le fruit- du champignon). S’ils poussent je serais très fier d’avoir réussi à boucler le cycle. Ce n’est pas moi mais Tor qui a préparé les 40 paquets de champignons que j’ai apportés au début. D’après mes lectures, il faut que je provoque un choc thermo-hydrique (bonnes conditions de température et d’humidité) pour enclencher la fructification.
Il y a enfin de nouvelles naissance dans la culture des 40 paquets. J’ai repris il y a 4 jours la vaporisation d’eau aux heures les plus chaudes. Il y a eu un jour nuageux, cela a peut-être contribué.
Le fait de diviser en 2 la culture de spiruline a eu un effet négatif sur le temps de routine, car je dois filtrer les 2 bassins l’un après l’autre. L’opération me prend au total 25 minutes. Cependant cette répartition va me permettre d’augmenter son volume.

image2
Vérification de la spiruline — Mission Biosphère — Février 2018 — © Gold of Bengal

Elle est en forme. Belle couleur, bonne odeur.

JOUR 96
J’ai augmenté de 50 litres la culture de spiruline pour me rapprocher de mon objectif de production.
Dimanche. Je fais de nombreux aller-retours sur la plage.
Pour tester le thermos, je mets une bouteille remplie d’eau dans le four solaire. Le thermos est une boîte en bois remplie de polystyrène au milieu duquel il y a un creux pour loger la bouteille. À midi, la bouteille est très chaude. Je l’insère dans le thermos. Après mon dîner, soit 8h plus tard, la température de l’eau est toujours suffisamment élevée pour la boire comme une boisson chaude. Je n’ai pas grand chose à mettre avec à part de la menthe.
Je constate que mon envie de café a finalement diminué au fur et à mesure des semaines.

image3
Les boutures de plants de patate — Mission Biosphère — Juin 2018

C’est décidé, je vais démanteler le rang de patates. Je prélève une quatrième bouture que je repique dans les gouttières d’hydroponie.
Les boutures que j’ai déjà repiquées se développent bien.

JOUR 97
Les moustiques sont toujours très agressifs. Ils me piquent surtout pendant la routine du matin. L’avantage de ces moustiques dont je suis la seule victime est que je suis sûr qu’ils ne pourront pas me transmettre de maladies. Je couvre de toiles d’ombrage les 2 bacs qui sont situés sous la table d’hydroponie. Je pense que c’est leur repère pour la ponte.
Je progresse dans ma lutte pour reprendre le contrôle de l’écosystème et la tête de la chaîne alimentaire. Déjà, je note que le nombre de mouches a fortement diminué.

image4
Chasse aux moustiques — Mission Biosphère — Juin 2018 — © Gold of Bengal

Les amarantes ne sont pas en forme. Depuis la crise des araignées rouges, leur croissance est très ralentie et la plupart de leurs feuilles sont sèches et décolorées. Elles luttent aussi contre les mini chenilles qui apparaissent tous les jours.
Depuis quelques jours, je ne presse pas la spiruline après filtration. Je la laisse s’égoutter. Elle devient pâteuse comme un camembert fondu. Pour connaître sa masse sèche, j’ai placé un échantillon au soleil jusqu’à déshydratation totale. Il est passé de 65g à 8g. Sa masse a été divisée par 8. Je n’imaginais pas qu’elle puisse contenir tant d’eau. Mes récoltes sont donc plus faibles que je ne le pensais. Je suis toujours assez loin de mes objectifs.
Mun m’a apporté des composants électroniques que j’avais commandés sur internet. En lisant les fiches techniques et commentaires de geeks incompréhensibles pour le commun de mortels, je me suis trouvé heureux d’avoir appris une telle diversité de savoir-faire grâce aux low-tech, de la culture de légumes ou champignons à la programmation, le recyclage ou l’élevage d’insectes. J’ai l’impression de gagner du terrain sur les zones opaques qui se cachent derrière les objets du quotidien. Quand j’achèterai des pleurottes, je connaîtrai un peu mieux le chemin qui les aura amenées jusqu’au supermarché. Ça me rappelle l’histoire du “Culte du cargo”.
“Le culte du cargo est un ensemble de rites qui apparaissent à la fin du XIXe siècle et dans la première moitié du XXe siècle chez les aborigènes, en réaction à la colonisation de Mélanésie (Océanie). Il consiste à imiter les opérateurs radios américains et japonais commandant du ravitaillement (distribués par avion-cargo) et plus généralement la technologie et la culture occidentale (moyens de transports, défilés militaire, habillement, etc.) en espérant déboucher sur les mêmes effets (…) En effet, les indigènes ignorent l’existence et les modalités de production occidentale ; dès lors, ils attribuent l’abondance et la sophistication des biens apportés par cargo à une faveur divine. (…) Des indigènes, ayant constaté que les radio-opérateurs des troupes au sol semblaient obtenir l’arrivée de navires ou le parachutage de vivres et de médicaments simplement en les demandant dans leur poste radio-émetteur, eurent l’idée de les imiter et construisirent, de leur mieux, de fausses cabines d’opérateur-radio — avec des postes fictifs — dans lesquels ils demandaient eux aussi — dans de faux micros — l’envoi de vivres, médicaments et autres équipements dont ils pouvaient avoir besoin. Plus tard, ils construiront même de fausses pistes d’atterrissage en attendant que des avions viennent y décharger leur cargaison.
Les indigènes ne pouvaient pas imaginer le système économique qui se cachait derrière la routine bureaucratique et les étalages des magasins, rien ne laissait croire que les Blancs fabriquaient eux-mêmes leurs marchandises. On ne les voyait pas travailler le métal ni faire les vêtements et les indigènes ne pouvaient pas deviner les procédés industriels permettant de fabriquer ces produits. Tout ce qu’ils voyaient, c’était l’arrivée des navires et des avions.”
Source : Wikipedia
J’ai soudé le nouveau transformateur au pédalier. J’avais grillé ce composant dans mes premiers essais. C’est très pratique car je peux maintenant lire ou écrire en pédalant. Plus besoin de brancher le voltmètre et faire attention à ce que ma vitesse de pédalage ne dépasse pas 15V, le transformateur s’occupe de réguler la tension.
Je pédalerai tous les jours une session de 10min le matin, une autre le soir, pour que les plantes, spiruline et biofiltres n’aient pas une pause si longue entre les derniers rayons de soleil et les premiers. Tout l’écosystème m’en sera reconnaissant et ça me fera un peu d’exercice musculaire.

image5
Séance de pédalage — Mission Biosphère — Février 2018 — © Gold of Bengal

JOUR 98
Je suis allé sur la plage pour pyrolyser du plastique. L’essai s’est bien déroulé mais j’ai récupéré très peu de carburant. J’ai brûlé beaucoup de bois par rapport à la quantité produite. Il faudra que je réessaye en nettoyant bien le fond du réacteur (boîte principale), en isolant thermiquement son couvercle et en limitant les fuites de gaz au niveau des jointures.
“La pyrolyse, ou thermolyse, est la décomposition chimique d’un composé organique par une augmentation importante de sa température pour obtenir d’autres produits (gaz et matière) qu’il ne contenait pas. L’opération est réalisée en l’absence d’oxygène ou en atmosphère pauvre en oxygène pour éviter l’oxydation et la combustion (l’opération ne produit donc pas de flamme).“ Source : Wikipedia
J’ai sorti les amarantes de leurs sacs et les ai repiquées directement dans les billes d’argile du système d’hydroponie. Le tuyau du goutte à goutte se bloquait car des algues vertes s’y développaient. Elles sont maintenant alimentées en solution nutritive comme les autres plantes.
J’ai augmenté le temps d’arrosage de l’hydroponie. Je pense qu’elles ont besoin de davantage d’eau, et que la minuterie recevait un surplus d’énergie. Voici le nouveau timing du cycle :
2 min : recharge minuterie et bulleur biofiltre
5 min : hydroponie et bulleur spiruline
3 min : hydroponie et bulleur biofiltre
JOUR 99
Il y a des moisissures dans 20 boîtes de jeunes pousses. Les graines ne poussent pas et se couvrent d’une mousse jaune orange poussiéreuse. J’ai dû les jeter. Je recommence, cette fois en stérilisant bien la fibre de coco au four solaire.
La routine du matin dure entre 1h30 et 2h. Voici les étapes principales :

  • nourrir les grillons : 2 minutes
  • humecter le tissu qui recouvre les nouveaux champignons : 1 minute
  • noter les datas météo : 2 minutes
  • nettoyer les boîtes de stockage de nourriture : 5 minutes
  • semer et récolter des jeunes pousses : 5 minutes
  • filtrer et nourrir la spiruline : 25 minutes
  • prélever la solution nutritive, la verser dans le bac d’hydroponie et nourrir le biofiltre : 10 minutes
  • récolter des feuilles : 10 minutes
  • lutter contre les envahisseurs de l’hydroponie : 5 minutes
  • arroser les plants de patates et de menthe : 2 minutes
  • prélever les champignons et vaporiser de l’eau : 2 minutes
    Le reste du temps doit être occupé par les mesures (beaucoup de choses à peser et noter), les déplacements entre les systèmes, et les tâches non récurrentes (ranger, nettoyer, améliorer des systèmes, filmer, etc.)
    Nouvel essai de pyrolyse sur la plage. Tout paraissait se dérouler parfaitement. 20 minutes après avoir allumé le feu, du gaz a commencé à sortir du tuyau d’échappement. J’ai positionné la sortie du tuyau au dessus du feu pour que ce gaz brûle et participe à la chauffe du réacteur. Après 1h, j’ai arrêté d’alimenter le feu et laissé refroidir. Puis, j’ai ouvert le réacteur. Résultat très décevant. Le plastique n’avait presque pas fondu. Le feu n’était pas assez fort. Je décide d’arrêter mes essais : ce pyrolyseur n’est pas adapté au réchaud à bois. Il est conçu pour un réchaud à gaz.
    Idéalement, il faudrait que la chauffe se fasse avec un concentrateur solaire. On mettrait le plastique le matin, il pyrolyserait aux heures les plus chaudes. À voir si un concentrateur solaire peut atteindre 450 degrés.
    Autre défaut : sa capacité est trop faible. Elle ne permet que de pyrolyser 3 grands sacs de polypropylène à la fois (environ 300g).
    J’ai semé 2 barquettes pour de futurs repiquages dans le système d’hydroponie : Morning glory, chinese cabbage et chinese mustard. J’ai stérilisé la fibre de coco au préalable.

JOUR 100
J’ai ouvert les paquets de nouveaux champignons. Ils sont entreposés sur la bigbox1.
Je soupçonne des fuites dans le dessalinisateurs. Hier, il y avait de l’eau dans le fond. Volontairement, je ne l’ai pas collectée. Elle avait disparu ce matin.
Au dernier essai, j’ai récolté 3 litres. Soit 60 000 gouttes d’eau (une goutte d’eau a un volume de 1/20eme de millilitre). En comptant que le dessalinisateur fonctionne environ 8h par jour, soit 28 800 secondes, je devrais voir couler 2 gouttes d’eau par seconde en moyenne. Je vérifierai lors du prochain essai si la production paraît supérieure.
La nouvelle batterie powerbank2, constituée de 2 cellules Li-ion, recharge mon téléphone de 20% seulement avant de se mettre en mode OFF. Mais le voltmètre indique que les cellules sont encore à 3,6V. Elles devraient se décharger jusqu’à 3V. Il faut que je poursuive les tests.
J’ai mis en place les 2 éoliennes à l’arrière de la serre. Ça a de l’allure.
Je les ai branchées à un module step down DC-DC avec prises USB en sortie.

image6
Installation des éoliennes — Mission Biosphère — Juin 2018

JOUR 101
Aujourd’hui, il y a eu des coups de vent assez forts (>10m/s). J’ai pu vérifier que les éoliennes peuvent allumer mon ampoule de 7w, recharger mon téléphone et le powerbank2. Cependant, le vent n’a pas tenu assez longtemps pour que je prenne des mesures.
J’ai collecté 760g de grillons de la bigbox1. Il en reste de nombreux, que j’ai laissés car ils n’ont pas terminé leur croissance. Difficile d’estimer la masse totale, mais j’ai peur que cela ne dépasse pas le kilo. Ce serait décevant car j’ai déjà apporté plus de 6kg de nourriture à cette bigbox, j’espérais donc 3kg de grillons (rapport de 1 pour 2). Mais il y a eu un gachi de nourriture à cause de l’orage qui en a mouillé une partie, et j’ai mis du temps à me rendre compte qu’ils cachaient de la nourriture dans les boites d’oeufs.
Dans le rapport de la FAO “Insectes comestibles — Perspectives pour la sécurité alimentaire et l’alimentation animale”, il est indiqué que l’élevage de grillons demande 1,7kg de nourriture par kilo de grillons produit. J’ai une bonne marge de progression.
Note : les grillons de la bigbox2 aiment la spiruline. Ceux de la bigbox1 n’y ont presque pas touché.

image7
Récolte de grillons — Mission Biosphère — Juin 2018

Les chenilles n’ont aucune pitié pour les plantes. Moi aussi je consomme des feuilles, mais je fais attention à couper celles qui sont vieilles, abîmées, ou qui font de l’ombre à d’autres feuilles. Les chenilles envahissent une plante jusqu’à en manger toutes les feuilles.

image8bis
image8
Attaque de chenilles et culture de jeunes pousses — Mission Biosphère — Juin 2018

Heureusement, la stérilisation du substrat au four solaire est une révolution dans la culture de jeunes pousses. Les graines germent beaucoup plus vite et aucune moisissure ne se développe. Un bon point pour le four solaire.
Depuis 10 jours, la quantité d’eau utilisée pour l’hydroponie est de 132 litres, pour une récolte de 824g, soit 160 litres par kilo produit.
je lis qu’il faut en moyenne 322 litres d’eau pour produire 1kg de légumes. Mon système est donc performant. Je pense que cela est dû au système d’hydroponie qui utilise l’eau en circuit fermé, et au fait que je fais pousser des légumes feuilles, dont presque toute la biomasse produite est

Add your input to improve collaborative tools

For several years now, the Low-tech Lab community has observed and collected low-tech initiatives: events, databases and maps, documentary resources… it’s all here.

Seek and you shall find, but above all, contribute because these tools are open to all!

Support the Low-tech Lab

Donate

The Low-tech Lab is a French non-profit general interest organisation. You can support it by making a donation.

Become a partner

Do you want to support the Low-tech Lab actively and take part in the low-tech movement?

Partners

Région Bretagne
Ville de Boulogne-Billancourt
Picture Organic Clothing
Fondation Schneider Electric